Gran Torino : du choc au dialogue des cultures
Vétéran de la guerre de Corée, Walt Kowalski ne semble pas s’en être vraiment remis. A la mort de sa femme, il se retrouve seul dans un quartier qui s’est progressivement peuplé de Hmongs. Bien sûr, Kowalski ne sait pas qui sont les Hmongs (moi non plus, je ne les connaissais pas), mot qu’il a d’ailleurs du mal à prononcer. D’ailleurs, il ne fait pas d’effort ou plutôt il n’a pas envie de faire cet effort. Pour planter le décor, les Hmongs sont un peuple d’Asie, originaire des régions montagneuses du sud de la Chine (spécialement la région du Guizhou) au nord du Viêt Nam et du Laos.
Devenu un vieux grincheux (un tiers raciste, un tiers macho et un tiers taciturne) qui n’a jamais pu établir de liens avec ses propres enfants – personne ne lui reprocherait car ils ne sont pas sympathiques -, il se lie très progressivement d’amitiés avec ses voisins que pourtant tout sépare et en particulier avec un jeune garçon à qui il entend transmettre des valeurs, ce qu’il n’a jamais pu faire avec ses propres fils.
Ce film est une concentré des problèmes qui touchent les Etats-Unis dans un subtile dosage et avec beaucoup de sincérité et de réalisme : la vieillesse, la solitude, le racisme, la famille, la délinquance, l’immigration, l’amitié, la religion…
Le choc entre les deux cultures est d’autant plus fort que l’action se déroule dans le Midwest, cette grosse tranche des Etats-Unis pris en sandwich entre les côtes Est et Ouest, ouvertes sur le monde, et les Etats du Sud dont l’histoire de la conquête des droits civiques n’est peut-être pas encore terminée. Il suffit de se rappeler de la tragédie de la Nouvelle Orléans balayée par l’ouragan Katrina. Le Midwest où l’on a parfois l’impression que l’horloge s’est arrêtée vers les années soixante ou soixante-dix ;
Clint Eastwood est comme le bon vin, il se bonifie en vieillissant. Que de parcours depuis les westerns spaghetti. Il nous donne dans ce film un formidable message d’espoir. Pour ne rien gâcher, il joue très bien et donne l’impression qu’il s’est bien amusé en le faisant.
D’où vient le titre ? La Ford Torino est une voiture produite par Ford pour le marché nord-américain entre 1968 et 1976. Cette voiture est une sorte de second rôle dans ce film, mais n’en a pas moins une certaine importance. La voiture qui se confond avec le rêve américain. Difficile à croire quand on voit ce que sont devenus les Big Three !
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