La Chine, première puissance économique mondiale en 2025, 26, 27 ?
Les Etats-Unis constituent la première puissance économique avec un PIB de 15,6 milliards de dollars devant la Chine dont le PIB représente 53 % de l’économie américaine en 2012. Mais avec des taux qui croissent l’un autour de 2 à 3% et l’autre entre 8 et 10 %, l’Empire du milieu rattrapera l’Oncle Sam comme s’il était chaussé de bottes de 7 lieues. C’est ce qu’indique le Center for Economics and Business Reseach dans son rapport annuel World Economic League Table.

En 2022, le paysage aura complètement changé. Les Etats-Unis seront toujours la première puissance économique du monde mais la Chine sera un second tout proche avec un PIB qui représentera alors 83 % du PIB américain. En posant des hypothèses de croissance, on peut ainsi évaluer la date à laquelle la Chine supplantera les Etats-Unis. Avec des taux de croissance de 2, voire de 3%, pour les Etats-Unis et 8 % pour la Chine, les deux courbes se croiseront en 2026.

Toutefois, ce scénario est loin d’être assuré car rien ne garantit que la Chine continue à ce rythme. Souvenons-nous du Japon dans les années 70. De nombreux gourous et autres analystes prévoyaient un raz-de-marée nippon sur le monde. Et puis les forces se sont progressivement transformées en faiblesses et la crise financière a eu raison de la croissance japonaise jusque-là insolente.

Rien n’interdit de penser qu’un phénomène comparable n’apparaisse en Chine. Les atouts de l’Empire du milieu pourraient bien se transformer en handicaps : un régime autoritaire contre lesquels les citoyens se révolteront, une pyramide des âges suite notamment à la politique de l’enfant unique difficile à surmonter, des inégalités croissances devenant insupportables, un coût de financement d’un embryon de « welfare state » réduisant l’efficacité de l’économie chinoise, des hausses de salaires réduisant
l’avantage comparatif avec les pays avancés et déclenchant un phénomène d’insourcing ou de relocalisation et entraînant du même coup la désindustrialisation… Dans leur livre, La Chine contre l’Amérique, Daniel Vernet et Alain Frachon complète cette liste : "surinvestissements en infrastructures, inflation menaçante, bulle immobilière inquiétante, corruption débilitante et désastre environnemental". Bref, l’avenir de la Chine n’est pas écrit de manière certaine.
D’ici à 2022, les pays émergents vont émerger pourrait-on dire de manière triviale. En 2017, l’Inde deviendra la première puissance économique du Commonwealth. En 2022, les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) seront dans les dix premières puissances mondiales, respectivement en 5e, 7e, 4e et 2e place. Dans un mouvement inverse, les pays européens du groupe FAIR (France, Allemagne, Italie et Royaume-Uni) perdront respectivement 4e, 2e, 5e et 2e places. L’Italie sortira du top ten.
En dix ans, selon les prévisions de croissance actuelles, l’équilibre du monde sera significativement transformé. Mais est-il vraiment sûr que ces prévisions se réaliseront ?
Chinamérique : unifier le pays grâce au train
La Chine vient d’inaugurer la ligne de TGV la plus longue du monde. Cette nouvelle voie de près de 2 300 kilomètres relie la capitale chinoise Beijing à la ville du Sud de la province de Guangzhou connue il y a peu encore sous l’appellation de Canton. Cette prouesse a été réalisée grâce à Siemens qui, contrairement Alstom, a signé avec la Chine pour cet important contrat qui incluait une part de transfert de technologie permettant ainsi aux entreprises chinoises de maîtriser son avenir sur le train à haute vitesse.
La Chine a près de 10 000 kilomètres de voies de TGV et prévoit d’en mettre en œuvre 50 000 km en 2020, elle sera alors et de très loin le premier pays dans le monde.

Cette performance montre le progrès réalisé par la Chine en seulement quelques années et la maîtrise de la technologie démontrée par l’Empire du milieu. Elle nous ramène à l’unification des Etats-Unis par le train que l’on a connu au cours du 19e siècle. La jonction des lignes de la Central Pacific Railroad Company et l’Union Pacific Raildoad Company s’est effectuée le 10 mai 1869. Cette unification qui a joué un rôle fondamental dans l’histoire américaine avait été réalisée dans l’Utah. « C’est dans ce coin perdu des montages de l’Utah que le 10 mai 1869 le dernier boulon, le Golden Spike, des voies reliant le chemin de fer de l’Ouest et le chemin de fer de l’Est a été vissé », nous indique le livre d’Alain Frachon et Daniel Vernet La Chine contre l’Amérique. Ironie de l’histoire, la construction de l’histoire du train américain n’aurait pu être faite sans l’aide des chinois. « Sans les coolies chinois, le travail n’aurait pu être mené à bien, en respectant les délais et les coûts » poursuivent les auteurs. La réciproque n’est pas vraie.

Le dernier boulon en or qui relie les deux voies porte l’inscription « Puisse Dieu perpétuer l’union de notre pays, comme ce chemin de fer unit les deux grands continent de notre monde ». Au total, 2.826 kilomètres de voies de chemin de fer auront été posées (source : http://www.christopheloustau.com/100fr_Itineraire.htm ).
La Chine, mais aussi le Japon
L’ascension du fabriquant de matériels de télécoms chinois Huawei est spectaculaire. Tellement spectaculaire qu’elle attire l’attention des politiques américaines et vient de faire l’objet d’une investigation du Congrès (La menace de Huawei scrutée par l’émission 60 minutes). Mais il n’y pas que la Chine, le Japon vient aussi de faire parler de lui. La société Softbank vient de prendre une participation de 70 % dans le capital de Sprint, le troisième opérateur américain de télécoms derrière AT&T et Verizon. Softbank a déboursé plus de 20 milliards de dollars dans cette opération, la plus importante jamais réalisée par une entreprise japonaise. La précédente était liée le rachat en 2007 de l’anglais Gallaher Group par Japan Tobacco pour un montant de 29 milliards de dollars. Cette association des troisièmes sur leur marché respectif permet de constituer un opérateur puissant au niveau mondial.
Il faut dire que Sprint est dans une situation difficile depuis plusieurs années qui se traduisent notamment par une dette à long terme de plus de 21 milliards de dollars et a lancé un plan de restructuration ambitieux et coûteux.
C’est là un signe de plus de la perte de compétitivité des Américains sur le secteur stratégique des télécoms où les Etats-Unis ont longtemps été dominateurs.
La menace de Huawei scrutée par l’émission 60 minutes

En 25 ans, Huawei est devenu le premier fabricant d’équipements de télécom. La société chinoise lance le projet de construire l’infrastructure 4G des Etats-Unis. Or aujourd’hui, l’industrie des télécoms est considérée aussi stratégique que l’aviation, l’aérospatial ou l’informatique. Ce projet n’est pas sans inquiéter les autorités américaines et la société chinoise fait l’objet d’une investigation du Congrès américain. Les problèmes posés se situent à 3 niveaux : sécurité nationale, propriété intellectuelle et vie privée des consommateurs.
Les télécoms sont une industrie que nous avons inventée et que nous dominions. Ce n’est plus le cas, résume le journaliste de l’émission phare d’information 60 minutes de la chaîne CBS. UN des signe visible du déclin des Etats-Unis et de la montée en puissance de la Chine.
Lorsque la Chine s’est éveillée au sport !
Les Jeux de Londres sont presque finis et c’est le moment du traditionnel décompte des médailles. Le concept de « Chinamérique » a émergé ces dernières années montrant les liens étroits existant désormais entre les deux pays qui constituent aujourd’hui les deux grandes puissances mondiales. Les Etats-Unis et la Chine sont désormais les deux premiers dans ce domaine du sport de haut niveau.
Le sport est une activité qui contribue au développement personnel de chaque individu (sans parler des bienfaits sur la santé et la condition physique), mais c’est aussi un outil de politique internationale et de propagande. On se souvient des résultats spectaculaires de l’Allemagne de l’Est dans tous les domaines du sport, en particulier des nageuses aux carrures suspectes d’armoires normandes. En 1988, ce pays de 17 millions d’habitants à l’époque s’était classé en deuxième position derrière les Etats-Unis.
Vers la relocalisation de la production aux Etats-Unis ?
Dans un rapport qui vient d’être publié intutilé Made in America, Again, U.S. Manufacturing Nears The Tipping Point, le cabinet Boston Consulting Group montre qu’à partir de 2015 l’avantage compétitif en matière de salaire de la Chine par rapport aux Etats-Unis aura diminué de telle manière qu’il sera de nouveau économique rentable de relocalisation la production aux Etats-Unis.
Avec plus de 14 000 milliards de dollars de PIB, les Etats-Unis restent la première économie du monde, assez loin devant la Chine, passée devant le Japon il y a deux ou trois ans. L’appellation « d’usine du monde » attribuée à la Chine est sans doute exagérée dans la mesure où d’autres pays avances restent toujours des puissances industrielles. Toutefois, la Chine est devenue la première nation manufacturière du monde, devant les Etats-Unis où le discours sur la désindustralisation et la délocalisation de la production dans les pays émergents, en particulier la Chine, devient omniprésent dans les discours des politiques. Le phénomène n’est pas nouveau, mais il s’est largement accéléré depuis l’entrée de la Chine dans le l’Organisation Mondiale du Commerce. Le graphique montre la rapidité des changements intervenus depuis cette date. En 2000, la puissance manufacturière dépasse celle de l’Allemagne, mais reste encore très loin derrière celles des Etats-Unis et du Japon (en gros 3 fois moins importante que les Etats-Unis et deux fois celle du Japon).
Si cette situation s’est créée aussi rapidement, elle pourra se transformer presque aussi rapidement. C’est la thèse du rapport du BCG. Car dans la production, le salaire n’est qu’un des éléments aux côtés d’autres comme la logistique et le transport, le « time to market », la proximité entre R&D et production, la qualité des infrastructures du pays, les risques liés au pays… Et avec l’augmentation importantes des salaires depuis quelques années et celle prévue de 18 % par an d’ici à 2015 et la poursuite de la réévaluation du yen, les entreprises manufacturières américaines pourront considérer avec attention le rapatriement de leur production aux Etats-Unis.
Le cabinet identifie sept secteurs industriels qui seraient les mieux placés dans une telle réorganisation de leur production (entre parenthèses le montant des importantes en provenance de Chine) :
- informatique et électronique (122 mds$) ;
- équipements ménagers (25 mds$) ;
- équipements industriels (16 mds$) ;
- Ameublement (13 mds$)
- produits finis en métal (10 mds$) ;
- matières plastiques et caoutchouc (9 mds$)
- et matériels de transport (6mds).
Pour un montant total annuel d’importation de 200 milliards de dollars.
Quel impact ?
D’ici à la fin de la décennie, le BCG estime entre 20 et 55 milliards de dollars, le montant annuel de la production qui pourrait être relocalisé aux Etats-Unis. Combiné à une augmentation des exportations liée à une meilleure productivité des entreprises américaines, ce sont 2 à 3 millions d’emplois qui pourraient être ainsi créés réduisant ainsi de 1,5 à 2 % le taux de chômage.
Au moment où le made in France – pardon le produire français – est un des sujets centraux de la campagne électorale, il serait intéressant d’avoir une étude similaire en France car on ne comprendrait pas pourquoi les mêmes causes ne pourraient pas produire les mêmes effets sur l’Hexagone.
La Chine, accélérateur du déclin des Etats-Unis ?
Le thème du déclin n’est pas nouveau et les Etats-Unis n’y échappent pas même s’ils restent, et de loin, la première puissance mondiale. Son PIB 2011 était de 15 000 milliards de dollars alors que celui de la Chine, désormais deuxième économie mondiale, s’est établi à 7 200 mds $.
Mais le mot déclin traduit une évolution et non situation à un moment donnée. En outre, il doit être perçu de manière relative : Sont-ce les Etats-Unis qui déclinent ou les puissances émergentes qui progressent ; La Chine tenant une place toute particulière.
Dans un article récent intitulé « Not Fade Away : Against the Myth of American Decline » dans le magazine The New Republic, Robert Kagan développe l’idée que cette notion de déclin ne correspond en rien à la réalité. Certes, les Etats-Unis sont confrontés à de graves difficultés, mais ils occupent toujours une place centrale et le qualificatif d’hyperpuissance proposé par Hubert Védrine il y a quelques années reste d’actualité. Car la puissance et l’influence d’un pays ne se mesure pas seulement par la puissance économique, mais doit aussi prendre en compte les dimensions militaires, culturelles… Pour preuve, explique Robert Kagan, la Chine était la première puissance économique mondiale, mais n’avait quasiment aucune influence dans le cours des choses.
Sur le plan militaire, les Etats-Unis dominent largement les autres puissances encore aujourd’hui avec des bases dans le monde entier, une force navale et aérienne supérieure et une capacité de projection qu’aucun autre pays ne peut approcher à ce jour. Mais cette puissance n’avait pas été de grande utilité au Viêt-Nam malgré la présence d’un contingent de 500 000 soldats. Elle ne l’est pas beaucoup plus en Afghanistan. En outre, cette domination pourrait être remise en question tant la Chine est en train de se doter d’une armée moderne. Une étude récente publiée par le Pentagone prévoit que le budget militaire de la Chine pourrait atteindre 238 milliards de dollars en 2015, environ le double de celui de 2011 (China to Exceed Combined Defence Budget of All Other Key Defence Markets in APAC by 2015). Cela reste à comparer avec le budget de la défense américain établit à 768 milliards de dollars en 2011.
Le Soft Power, qui s’appuie sur les actuelles culturelles majeures que sont aujourd’hui la musique, le cinéma ou encore les Séries télévisées, met les Etats-Unis largement en tête. Avec un paradoxe ou d’un côté les Etats-Unis génèrent des sentiments négatifs dans de nombreux pays et ou de l’autre c’est la première destination d’immigration.
Mais le déclin ne commence-t-il pas lorsque les citoyens d’un pays pensent que leur pays décline. Si l’on retient cet indicateur, les Etats-Unis sont clairement sur la voie du déclin et seraient en passe de céder cette place à la Chine. Un thème placé au cœur de l’actualité avec la visite la semaine dernière du vice-President chinois Xi Jinping et futur remplaçant de Hu Jintao.
Sur ce point, les résultats d’une très récente enquête de l’institut Gallup réalisée en 2012 sont plutôt surprenants. Une majorité d’Américains (53%) pensent que la Chine est déjà la première puissance économique mondiale contre 33 % les Etats-Unis. Alors que la Chine est en train de se développer sur de nombreux fronts, l’avenir n’est pas joué pour autant selon les Américains. Ils ne sont que 46 % à penser que la Chine sera dans 20 ans la première puissance mondiale.
Ce qui laisse à penser que, dans l’esprit des Américains, le déclin des Etats-Unis est inéluctable. La publicité co-réalisée par Chrysler et Clint Eastwood « la deuxième mi-temps commence » diffusée lors du SuperBowl diffuse l’idée d’un rebond possible des Etats-Unis. De l’autre côté, la Chine n’est pas à l’abri de difficultés dans les années à venir. A commencer par une bombe démographique, résultat de la politique de l’enfant unique depuis les années 60, qui pourrait bientôt exploser. Mais pas seulement. Souvenons-nous des années 70/80 où le Japon jouait ce rôle d’épouvantail de première puissance mondiale en devenir. Le Japon n’est fini pas de se relever de sa crise financière du début des années 90.
Weekly Address 22 janvier : “We Can Out-Compete Any Other Nation”
Cette intervention hebdomadaire était logiquement consacrée à la Chine et à la capacité des Etats-Unis de relever le défi de la compétitivité pose par les nations émergentes et en premier lieu la Chine dont son président vient de passer quatre jours aux Etats-Unis. A l’occasion de cette visite, l’institut d’enquête Pew Research Center a publié des résultats qui montrent combien le doute s’est installé dans l’esprit des Américains (Strengthen Ties with China, But Get Tough on Trade). Un seul chiffre permet de s’en convaincre : 47 % des Américains pensent que la Chine est la première puissance économique du monde. Un autre permet de réduire un peu ce jugement : deux Américains sur trois pensent que les Etats-Unis sont la première puissance militaire mondiale.











