Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde
Ce documentaire diffusé par Arte et réalisé par Marc Roche, journaliste spécialisé au Monde, auteur du livre La Banque, et de Jérôme Fritel, qui n’est pas sans rappeler le film Indide Jobs, est un document à charge et qui fait froid dans dans le dos. On connaissait les excès du monde de la finance. Goldman Sachs est sans doute ce qui se fait de mieux ou de pire dans ce monde-là. Le documentaire est organisé en chapitre par année :
Les clients de Goldman Sachs sont des grands entreprises, des états ou des collectivités locales, mais cela ne l’empêche pas de spéculer contre eux et donc de gagner des deux côtés. Au-delà de sa puissance intrinsèque qui se caractérise notamment par un trésor de 700 milliards d’euros d’actifs, soit deux fois le budget de la France, Goldman Sachs se caractérise par un réseau d’influence remarquable. Aux Etats-Unis, elle peut faire état de deux Secrétaire d’Etat au Trésor – Robert Rubin et Henry Paulson – respectivement de Bill Clinton et de George W. Bush.
Et comme la crise financière, l’influence de Goldman Sachs a traversé l’Atlantique avec des représentants de très haut niveau :
- Mario Draghi, Président de la Banque centrale européenne depuis 2011, était vice-président de Goldman Sachs pour l’Europe entre 2002 et 2005 chargé des « entreprises et pays souverains »
- Mario Monti, chef du gouvernement italien depuis novembre 2011, était conseiller international de Goldman Sachs à partir de 2005
- Peter Sutherland, directeur non exécutif de la Royal Bank of Scotland, était président non exécutif de Goldman Sachs depuis 1995.
- Karel Van Miert, membre du conseil d’administration de nombreuses firmes multinationales, était conseiller international du groupe Goldman Sachs jusqu’en 2009.
Le film
http://videos.arte.tv/fr/videos/goldman-sachs-la-banque-qui-dirige-le-monde–6894428.html
Disponible jusqu’au 12 septembre
La bande annonce
http://videos.arte.tv/fr/videos/goldman-sachs-la-banque-qui-dirige-le-monde–6896912.html
Wall Street est mort. Vive Wand Straβe !
Sur le plan symbolique, l’information a marqué les esprits des Américains et leur a donné une indication de plus sur le déclin relatif des États-Unis, même s’il s’agit là d’une conséquence de la mondialisation et du développement des marchés financiers. La bourse de New York fusionne avec la bourse allemande de Francfort (Deutsche Börse), mais c’est cette dernière qui détient la majorité du capital (60/40). De cette fusion nait la plus grande place financière du monde avec quelque 20 000 milliards de transactions par an reléguant Londres à bonne distance et Paris au rang de nain.
“Achtung! Germans taking over NYSE” titre le New York Post
Bien sûr, les conservateurs utiliseront cette opération comme un signe du déclin des Etats-Unis dont le responsable est Barack Obama. A l’occasion de la récente conférence CPAC qui s’est tenue à Washington il y a quelques semaines, Newt Gingricht (A 4:15), l’ancien speaker de la chambre de Représentants sous Clinton, et l’affairiste Donald Trump (A 9:00 - très content de lui, ayant une haute opinion de sa propre personne et faisant une critique de Barack Obama surprenante) n’ont pas hésité à utiliser la ficèle, mais elle est un peu grosse.
A l’inverse, Mike Bloomberg, le maire de New York, a salué cette fusion entre deux grandes bourses pour faire émerger un nouveau leader. Cette fusion a certainement plus à voir avec la mondialisation et/ou la globalisation des marchés financiers plus qu’avec le déclin des Etats-Unis. La bourse de Londres et de Toronto ont annoncé peu de temps auparavant un partenariat. En octobre 2010, SGX, l’opérateur du Singapore stock exchange annonçait son projet de racheter la bourse Australienne. D’autres opérations de ce type ont vu le jour Par ailleurs, Il ne faut pas confondre entre l’opérateur d’une bourse qui n’est qu’une entreprise et le marché sur lequel elle opère. Ce n’est pas parce que le NYSE sera géré par une entreprise multinationale signifie que d’un coup New York ne soit plus une place financière de premier plan. Cette fusion a aussi plus à voir avec l’évolution des marchés financiers proprement dits qu’au déclin relatif des Etats-Unis. Mais l’un n’empêche pas l’autre.
Huit jours pour sauver la finance
Ce petit livre de l’excellente collection Essai de Grasset (1) se lit comme un thriller, un roman à suspense. On le sait, de nombreux observateurs et commentateurs l’on répété à l’envi, nous sommes passés tout près du gouffre en cette 3e semaine de septembre 2008, plus précisément du 12 au 19 septembre.
Les trois principaux acteurs de cette tragédie sont Ted Bernanke, le président de la Fed (la banque centrale des États-Unis), Henry Paulson, le Secrétaire au Trésor (le ministre des finances) et Tim Geithner, à l’époque président de la Fed de l’Etat de New York. A noter que le troisième a pris la place du second depuis que Barack Obama est à la Maison Blanche et que Ted Bernanke est toujours président de la Fed.
La crise des subprimes couve déjà depuis l’été 2007 et l’on sait que le Congrès avait largement milité pour faciliter l’accession à la propriété et poussé Freddy Mac et Fanny Mae, les deux sociétés de prêts hypothécaires auprès des institutions en prise directe avec les particuliers à faciliter le crédit. Ce qui a favorisé cette crise des subprimes, de prêts à toute une frange de la population dont les banques savaient pertinemment (ou ne voulaient pas savoir) qu’elle n’était pas solvable.
Les trois autres acteurs majeurs de cette tragédie sont Richard Fuld, Pdg de Lehman Brothers, Kenneth Lewis, Pdg de Bank of America et Bob Diamond (un Américain), Pdg de Barclays. Les deux derniers sont pressentis pour sauver de l’ornière la première. Mais, ils ne le feront pas, Lehman Brothers déclarera faillite le lundi 15 septembre 2008, date à laquelle on fixe généralement le début officiellement de cette crise financière.
Dans les seconds roles, on peut citer les Pdg de Citigroup, du Crédit Suisse, de Merril Lynch, Morgan Stanley, Goldman Sachs et les responsables américains de puissantes banques étrangères telles que Deutsche Bank, BNP Paribas ou la Royal Bank of Scotland.
Il faudrait aussi mentionner des financiers comme Christopher Flowers, fondateur du fonds d’investissement éponyme et Warren Buffet qu’on ne présente plus et qui semble de tous les coups.
Ted Bernanke, Henry Paulson et Tim Geithner essaient de trouver une solution privée – passant par des banques et non par l’Etat – pour sauver Lehman Brothers, mais pour des raisons différentes, Bank of America et Barclays ne feront pas ce qu’ils auraient espérer qu’elles fissent. La solution publique n’était pas envisageable car l’Etat était déjà intervenu en mars 2008 dans la fusion entre la Bearns Stearns et JPMorgan Chase en rachetant les actifs toxiques de la première et surtout en ce début septembre 2010 en engageant 200 milliards de dollars pour sauver les deux jumeaux Fannie Mae et Freddy Mac.
Mais là où le tour de force a été accompli en une semaine par nos trois Mousquetaires de la finance est de ficeler le plan TARP (Troubled-Asset relief program). Doté d’un montant de 700 millions de dollars, ce plan est destiné à racheter les actifs toxiques accumulés par les banques. Ce plan de sauvetage a été refusé dans un premier temps refusé par la Chambre des Représentants le 29 septembre pour être finalement accepté le 3 octobre avec quelques amendements.
Dans cette pièce digne d’une tragédie grecque, il y a un acteur qui étonnement discret, en tous cas tel que le raconte le livre de James Stewart, c’est George W. Bush. En gros, l’auteur lui fait dire : « Comment en est-on arrivé au point où ne peut laisser un établissement faire faillite sans que cela affecte toute l’économie ? ».
Après que Ted Bernanke et Henry Paulson lui expliquent les mécanismes qui ont créé ces problèmes, Bush aurait conclu : « Parfois on doit prendre des décisions difficiles. Si vous pensez que cela doit être fait, vous avez ma bénédiction ». Et il aurait ajouté : « Un jour, vous devrez m’expliquer comment nous avons abouti à un tel système. Je sais que ce n’est pas le moment de tester tous ces établissements et de la pousser à la faillite, mais nous ne faisons rien de bon si nous sommes coincés entre ces choix lamentables ». L’auteur ne dit pas si cela a été fait.
Le plan Paulson est considéré comme une des plus grandes interventions du gouvernement américain dans l’économie. Et c’est bien pendant le mandat du très libéral (au sens français) George. W. Bush. Ironie de l’histoire dont s’est fait écho Barack Obama dans une de ses émissions hebdomadaires est que les Américains les plus virulents contre un gouvernement fort et son intervention dans l’économie pensent que le TARP est une de ses initiatives.
Le plan de relance ARRA (American Recovery and Reinvestment Act of 2009), lui, a bien été conçu par Barack Obama et voté par le Congrès en février 2009. Mais, contrairement à ses espoirs de politique bipartisane, ce projet de loi n’a eu le soutien d’aucun républicain de la Chambre des représentants et seulement de trois sénateurs: Olympia Snowe et Susan Collins , toutes deux sénatrices du Maine (comme quoi il y a des républicains raisonnables ; mais sont-elles toutes dans le Maine ?) et Arlen Specter, sénateur de Pennsylvanie. Les deux premières ne participent pas aux élections de midterms. En revanche, cela n’a pas bénéficié à Arlen Specter puisqu’il a été battu aux primaires républicaines par Joe Sestak pour les présentes élections.
(1) A lire aussi dans cette collection
- D’où viennent les néo-conservateurs – Francis Fukuyama
- De la race en Amérique – Barack Obama
- French Vertigo – Peter Gumbel
La financiarisation de la politique américaine
Malgré la crise, l’argent semble couler à flot pour les élections des midterms 2010. Les sommes collectées et englouties par les candidats aux fonctions de sénateurs et de représentants pour les échéances électorales de novembre devraient atteindre le chiffre pharaonique de 2 milliards de dollars. C’est ce que révèle un rapport que vient de publier le Public Campaign Action Fund, une organisation qui se présente non partisane et qui souhaite améliorer le financement des partis politiques et des processus électoraux.
On sait qu’à partir d’un montant, les millions, les milliards ou encore plus si on parle par exemple du déficit américain ne signifie plus grand-chose. Présenté autrement, cela signifie que chaque candidat aura dépensé en moyenne l’ordre de 4 millions de dollars. Un chiffre que l’on arrive déjà un peu plus à saisir. La comparaison avec les élections antérieures est tout aussi parlante : les montants dépensés en 2010 seraient deux fois plus élevés qu’ils ne l’étaient il y a seulement dix ans.
On voit donc là une folie contre laquelle il semble urgent de prendre des mesures, mais pour l’instant les Républicains ne semblent pas trop pressés puisque la situation les arrange. Interviewé sur le sujet à l’émission dominicale Meet The Press, Michael Steele, le patron du parti républicain (RNC) ne balayait pas d’une main la question, mais rappelait tout simplement que c’est la loi et qu’elle doit s’appliquer. Il faisait allusion à l’arrêt récent de la Cour Suprême dans l’affaire Citizen United v. Federal Election Commission (FEC) qui facilite les contributions des entreprises
A eux seuls, les candidats de la Chambre des Représentants devraient dépenser plus de 1,4 milliard de dollars (alors qu’ils n’auront recueilli que 1,3 milliard) contre « seulement » 938 millions en 2008.
Il est urgent d’attendre
Que faire ? Dans un article publié dans le Magazine Liberal (au sens américain du terme) par Lawrence Lessig, Professeur de droit de renom (How to Get Our Democracy Back – If You Want Change, You Have to Change Congress) propose deux idées, assez simples au demeurant, qui pourraient résoudre une partie du problème (Le Congres, ressort cassé de la démocratie américaine ?).
La première – proposée en son temps par Theodore Roosevelt – réside sous l’appellation citizen-funded election. Seuls les citoyens peuvent apporter leur contribuer au financement des campagnes électorales à concurrence de 100 dollars maximum par citoyen. Ce qui réduirait sérieusement les budgets, mais ce n’est pas trop grave dans la mesure où tous les candidats seraient à égalité.
La seconde consisterait à interdire à membre du Congrès de travailler pour un lobby, directement ou indirectement, pendant sept ans après la fin de son mandant.
Mais apparemment, le chemin sera long pour arriver à mettre en œuvre ces mesures. La décision de la Cour suprême dans le cas Citizen United v. FEC ne va certainement pas dans la bonne direction. Fait rarissime, Barack Obama s’est payé le luxe de critiquer cette décision dans son récent discours sur l’état de l’Union :
« With all due deference to separation of powers, last week, the Supreme Court reversed a century of law that I believe will open the floodgates for special interests, including foreign corporations, to spend without limit in our elections. I don’t think American elections should be bankrolled by America’s most powerful interests, or worse, by foreign entities. They should be decided by the American people. And I’d urge Democrats and Republicans to pass a bill that helps correct some of these problems. »
Seuls les présidents Harding (1922), Coolidge (1923), Roosevelt (1937), Eisenhower (1953), Reagan (1988) s’étaient autorisés une telle liberté (Has Any President Ever Criticized the Supreme Court During an Oral State of the Union Address?).
Dans son adresse hebdomadaire, Barack Obama a récemment présenté son projet de loi (Weekly address : 18 septembre 2010 projet de loi sur le financement des campagnes politiques) qui permettrait de connaître les groupes ou les entreprises qui financent les campagnes électorales et serait donc censé atténuer les effets de l’arrêt en donnant plus de visibilité aux citoyens. Mais en attendant, comme le disait Michael Steele, « c’est la loi actuelle qui s’applique pour les élections en cours » et pour l’heure elle bénéficie aux républicains.
Les financiers sont-ils indécrottables (4e partie)
Le Wall Street Journal explique dans un article publié ce mardi 12 octobre (Wall Street Pay: A Record $144 Billion) que les trois douzaines de sociétés financières et d’investissements – incluant les banques d’investissement, les hedge funds et les institutions d’échange de titres – allaient distribuer cette année 144 milliards de dollars de bonus à ces cadres dirigeants en augmentation de 4 % par rapport au niveau de 139 milliards de dolllars en 2009. Les bonus vont augmenter dans 26 sociétés sur les 35 étudiées dans le rapport publié par le WSJ.
Cette distribution de bonus correspond à une augmentation de 4 % des revenus de ces 35 institutions à hauteur de 448 milliards de dollars (433 milliards de dollars en 2009). Le ratio bonus/revenus s’établit à 32 %, un niveau comparable à celui de l’année dernière, mais moins élevé que les 36 % de 2007.
Les institutions financières continuent à payer de larges bonus alors même que la majorité de ces entreprises a reçu des aides financières de la part du gouvernement et que le taux de chômage continue à avoisiner les 10 %.
Ces bonus sont distribués malgré la réforme financière qui a été voté récemment, mais si les grandes lignes sont connues, les détails n’ont pas encore été définis.
Dans un vote en ligne proposé par le WSJ, une majorité de lecteurs considère qu’il faudrait limiter les bonus.
La Partners Bank fait faillite : c’est la 100e bancaire cette année

La banque Partners basée à Naples en Floride vient de se déclarer en état de faillite. C’est la centième cette année aux Etats-Unis. Cette banque était modeste avait un total d’actif de 65,5 millions de dollars et de dépôts de 64,9 millions de dollars. La Stonegate Bank basée à Fort Lauderdale reprendra tous les dépôts et presque tous les actifs.
Ces statistiques montrent l’ampleur de la crise et la comparaison avec les années antérieures parle d’elle-même.
Tous les Etats ne sont pas touchés de la même manière et certains d’entre eux sont particulièrement touchés : Georgie (20 faillites), Illinois (17), Californie (10) et Floride (9). Lire la suite »
Le Krach parfait ne l’est pas tant que ça !
A la différence du crime parfait pour lequel on ne connaîtra jamais le coupable, Le Krach Parfait d’Ignacio Ramonet tente de décortiquer les mécanismes et les hommes responsables de crise dans laquelle nous sommes plongés depuis septembre 2008, mais dont les premiers signes sérieux s’étaient manifestés un an plus tôt.
Ce n’est pas la première crise que nous vivons et la liste est longue depuis le krach boursier de 1987, mais c’est de loin la plus importante par son ampleur et sa force. Pour utiliser le vocabulaire médical à la mode, c’est une pandémie puisqu’elle s’est étendue au monde entier.
Le responsable : la financiarisation de l’économie. Le détonateur : la bulle immobilière alimentée par des prêts hypothécaires d’un nouveau type : les subprimes. Pour faire simple, des prêts usuraires à taux variable à des gens dont on sait qu’ils ne pourront vraisemblablement rembourser et dont la caution s’appuie sur la valeur de la maison qui a fait l’objet du prêt. C’est un véritable miroir aux alouettes pour les emprunteurs qui n’ont pas besoin d’apport personnel, dont on ne vérifie pas vraiment les revenus, ni le patrimoine, ni les prêts qu’ils ont déjà contractés. Lire la suite »
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