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La nouvelle donne

G7 : Que cherche Donald Trump ?


On ne sait pas pourrait-on répondre simplement. Le sait-il lui-même ? Pas sûr. Ce qu’on sait puisqu’il le dit lui-même et le démontre chaque semaine depuis qu’il est à la Maison-Blanche, il entend casser les codes de la bienséance, du politiquement correct. De ce point de vue, il a pleinement réussi son contrat. Mais dans quel but ? Make America Great Again et défendre les travailleurs américains.

Mais tout ce qui a été fait depuis le début de son mandat aurait plutôt tendance à aller dans l’autre direction ; favoriser les plus riches, repeal l’Obamacare qui avait ouvert les portes de l’assurance maladie à des millions d’Américains sans proposer de solutions de remplacement, déréglementer à tout va, rendre plus précaire la situation des fonctionnaires (l’état est le problème donc moins de fonctionnaires, moins de problèmes), transformer ses alliés en adversaires, créer un climat de proximité, voire de connivence, avec les autocrates et les dictateurs de ce monde, Vladimir Poutine en premier.

Sur ce dernier point, le comportement de Donald Trump depuis qu’il est candidat, président élu et président est pour le moins trouble. Certes, il faut discuter avec tout le monde et même avec ses adversaires, y compris la Russie. Mais le principal message que Donald Trump a voulu faire passer lors de ce G7 a été de réintégrer la Russie pour revenir au G8. Se souvient-il des raisons qui ont amené les membres du G7 à exclure la Russie ? John McCain le lui a rappelé dans un tweet. Oui mais c’est de la faute de Barack Obama pas de celle de Vladimir Poutine si la Russie a annexé la Crimée et si elle a investi une partie de l’Ukraine. Et c’est du passé.


Petit rappel sur le G7

Alors que le monde vient de connaître sa première crise pétrolière en 1973 et sous l’impulsion du président français de l’époque Valéry Giscard d’Estaing est créé le G6 réunissant les six premières puissances économiques de la planète. La première réunion du G6 s’est tenue en 1975 au château de Rambouillet réunissant les chefs d’Etat et de gouvernement des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Allemagne de L’Ouest, du Japon, de la France et de l’Italie. Le G6 est plutôt un club des puissances occidentales puis que l’URSS n’en fait pas partie. En 1976, le Canada fait son entrée au club qui devient le G7 et en 1997, c’est au tour de la Russie d’y accéder : le G8 tel qu’on le connaît est né.


La première réunion du G7 à laquelle participait Donald Trump avait déjà été tendue avec les premières divergences sur le climat (confirmées quelques jours plus tard par le retrait de l’accord de Paris) et sur le libre-échange (confirmées plus récemment). Celle qui vient de se tenir au Canada l’a été encore plus avec 5 pays remontés contre Donald Trump, l’Italie ne sait pas encore où elle doit se situer. « L’exactitude est la politesse des rois » est selon le banquier Jacques Lafitte (1767-1844). Sur ce point, Donald Trump est arrivé en retard et parti le samedi matin pour sa réunion avec Kim Jung-Un qui se tient mardi. Il est parti plus tôt parce qu’il n’accorde aucun intérêt à ce type de réunion.  Il est vrai que les sujets des réunions qu’il a ratées ne le concernent pas trop : Les changements climatiques et l’énergie propre alors qu’il promeut le charbon, et les océans.

Sommet du G7, La Malbaie, Québec (Canada), 9 juin 2018
Crédits : Jesco Denzel/dpa/picture-alliance/Newscom/MaxPPPMaxppp

Le message principal porté, répété, ressassé, rabâché par Donald Trump est simple (est-il capable de développer des raisonnements aiguisés ? Si l’on en juge par ses discours et par la pauvreté de son vocabulaire, on pourrait penser que non) : le monde a profité des États-Unis pendant des décennies, c’est fini. D’où lui vient cette idée ?  D’après les retours qui ont été faits dans la presse, les idées exprimées en public de manière simpliste le sont tout autant lors des réunions à huis-clos par de longs monologues où la répétition est le principal élément. Résultat, le communiqué qui commence par « Nous, dirigeants du G7 » n’a finalement pas été signé par Donald Trump. Il semblerait que c’est après son départ dans son avion en partance pour Singapour, qu’il a changé d’avis en annonçant sa décision de ne pas signer l’accord. Comment aurait-il pu être d’accord avec l’article 4 :

Nous reconnaissons que le commerce et l’investissement libres, équitables et mutuellement avantageux, qui amènent des avantages réciproques, sont de grands moteurs de croissance et de création d’emplois. Nous renouvelons notre engagement à l’égard des conclusions sur le commerce du Sommet du G20 de Hambourg et, en particulier, nous soulignons le rôle crucial d’un système commercial international fondé sur des règles et nous poursuivons la lutte contre le protectionnisme. Nous constatons l’importance de veiller à ce que les accords bilatéraux, régionaux et plurilatéraux soient ouverts, transparents, inclusifs et conformes aux règles de l’OMC et nous nous engageons à veiller à ce qu’ils complètent les accords commerciaux multilatéraux. Nous nous engageons à moderniser l’OMC pour la rendre plus équitable dans les plus brefs délais. Nous nous efforçons de réduire les obstacles tarifaires, les obstacles non tarifaires et les subventions.

Et l’article 17

Nous demandons instamment à la Russie de cesser son comportement déstabilisant ainsi que de compromettre nos systèmes démocratiques et de soutenir le régime syrien. Nous condamnons l’attentat commis au moyen d’un agent neurotoxique de qualité militaire à Salisbury, au Royaume-Uni. Nous acceptons l’analyse du Royaume-Uni selon laquelle il est fort probable que la Fédération russe ait été responsable de l’attentat et qu’il n’existe aucune autre explication plausible. Nous exhortons la Russie à respecter ses obligations internationales, ainsi que ses responsabilités en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, à l’égard du maintien de la paix et de la sécurité dans le monde. Nous continuerons néanmoins à dialoguer avec la Russie afin de régler les crises régionales et les défis mondiaux, dans la mesure où cela est dans notre intérêt. Nous réitérons que nous condamnons l’annexion illégale de la Crimée et réaffirmons notre soutien indéfectible à l’égard de la souveraineté, de l’indépendance et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues. Nous maintenons notre engagement à aider l’Ukraine à mettre en œuvre son ambitieux et nécessaire programme de réformes. Nous rappelons que le maintien des sanctions est étroitement lié à l’incapacité de la Russie de mettre pleinement en œuvre ses engagements aux termes des accords de Minsk et de respecter la souveraineté de l’Ukraine, et nous appuyons entièrement les efforts déployés dans le format Normandie et de la part de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe pour trouver une solution au conflit dans l’Est de l’Ukraine. Si les actions de la Russie l’exigent, nous nous tenons également prêts à prendre d’autres mesures restrictives afin d’accroître le coût pour la Russie. Nous restons déterminés à soutenir la société civile russe ainsi qu’à nous engager et à investir dans des liens interpersonnels.

Mais comme à son habitude, il se croit obligé d’accompagner ses décisions de déclarations explosives et éruptives en ne se privant pas d’attaques ad hominem. Ici c’est le Premier Justin Trudeau qui en a pris pour son grade : « très malhonnête et faible ». Et ses conseillers John Bolton et Larry Kudlow ne font que renforcer Donald Trump dans ses idées.

Dans ce climat de défiance et de frictions, John McCain s’est fendu d’un tweet pour rappeler que les liens qui unissent les pays membres du G7 sont bien vivants.

Rendez-vous en 2019 à Biarritz, la France prend la présidence du G7 et sera le pays hôte du sommet de l’année prochaine. Il va falloir surfer sur les vagues créées par l’imprévisibilité et le comportement éruptif de Donald Trump. Accrochez vos ceintures.

10 juin 2018 - Posted by | Général

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