maison blanche

La nouvelle donne

Afghanistan : chronique d’un désastre annoncé

La 8e saison de la série Homeland traite principalement du problème afghan avec un accident spectaculaire d’hélicoptère dans lequel les présidents américain et afghan trouvent la mort alors qu’ils allaient signer un accord de paix. La fiction dépasse ici la réalité même si Joe Biden a dû reprendre ce dossier que lui avait laissé son prédécesseur.

Dans les derniers jours de son mandat, Donald Trump avait annoncé le retrait des troupes américaines des terres afghanes, environ 3 500 soldats. Le départ était prévu au 1er mai. Ce départ n’était conditionné par rien, L’administration américaine demandait simplement aux Talibans de faire preuve de bonne volonté mais n’exigeait aucun engagement. Dans ces négociations, elle n’avait pas inclus le gouvernement afghan. Une situation pour le moins étonnante.   

Récupérant ce dossier très difficile, Joe Biden, qui n’a jamais été partisan de maintenir la présence américaine sur ces contrées inhospitalières, a aménagé la décision de Donald Trump en repoussant le départ des boys au 11 septembre, date du 20e anniversaire de l’attaque contre les Twin Towers de New York. Quant à l’arrangement avec le gouvernement afghan et les Talibans, il était difficile de revenir dessus.

Les troupes américaines sont donc en train de partir laissant derrière eux une situation fragile et un pays ouvert aux initiatives des Talibans et des groupes terroristes. Mais ce qu’une présence militaire pendant vingt ans n’a pas réussi à faire, avec un contingent de plus de 130 000 hommes, une poignée de 3 000 militaires pourrait-elle le faire ? On ne peut qu’en douter. Peut-être cette présence pouvait-elle maintenir une sorte de statu quo, même très instable, de l’équilibre des forces entre le gouvernement afghan et les Talibans.

Ashraf Ghani a publié un article dans la revue Foreign Affairs intitulé « Afghanistan’s Moment of Risk and Opportunity, A Path to Peace for the Country and the Region » dans laquelle il donne sa visionsur la période qui s’ouvre alors que les militaires américains ont commencé leur départ du « Pays des Pachtounes » et qu’il considère comme « another phase in our long-term partnership with the United States ». Une vision qui doit être très différente de celle des Talibans pour qui les Etats-Unis ont envahi et occupent leur pays.

Le président Afghan semble retenir une « stick and carrot approach » en leur demandant « To avoid that fate, the Taliban must answer critical questions about their vision for Afghanistan. Will they accept elections, and will they commit to uphold the rights of all Afghans, including girls, women, and minorities? » et en indiquant qu’une réponse négative à ces questions et un refus de négocier serait « choosing the peace of grave » (expression répétée à deux reprises).

Ashraf Ghani adopte une position ouverte tout en étant réaliste : « Negative answers to those questions were suggested by the Taliban’s recent decision to pull out of a peace conference that was supposed to begin in Istanbul at the end of April. The Taliban, it seems, remain more interested in power than in peace. A political settlement and the integration of the Taliban into society and government is the only way forward. But the ball is in their court. »

Les événements qui se succèdent ne laissent pas beaucoup d’espoir sur la volonté des Talibans de trouver un compromis avec le gouvernement afghan. Une attaque à la bombe dans une école a fait plus de 80 morts, essentiellement des filles, et plus d’une centaine de blessés. Il s’agit de l’école Sayed Ui-Shuhada située dans la banlieue de Kaboul qui fait école de garçons le matin et de filles l’après-midi. L’attentat visait donc les filles puisqu’il a été perpétré l’après-midi. De plus, il est intervenu dans le quartier des Hazaras, une minorité shiite, dans un pays à majorité sunnite, qui a fait l’objet de violence répétée.

Pour l’instant, l’attentat n’a été revendiqué par aucun groupe. Le président Ghani a blâmé les Talibans alors que ces derniers, par la voix de son porte-parole Zabihullah Mujahid a condamné cet attentat, ce qui ne constitue pas une quelconque preuve. Cet attentat s’inscrit dans une suite qui commence à être longue ces dernières semaines, les Talibans souhaitent montrer leurs muscles pendant cette période de transition. Il semble assez clair que les Talibans profitent du départ des troupes américaines pour exercer une pression sur le gouvernement afghan et augmenter leur contrôle qu’ils ont du territoire (actuellement, il est estimé qu’ils contrôlent la moitié du pays, principalement les zones rurales). La perspective qu’ils puissent à nouveau gouverner le pays comme ils l’avaient fait de 1996 à 2001 et imposer une loi islamique dure – en particulier sur le droit des femmes ou plutôt le retour à une situation où les femmes ne peuvent plus aller à l’école, ne peuvent plus travailler – n’est pas à exclure.

Dans son article, le président Ghani fait référence à la résolution 2513 des Nations Unies qui indique que le monde (i.e. les Nations Unies), ne souhaite pas le retour des Talibans au pouvoir (« Notant que l’Émirat islamique d’Afghanistan n’est pas reconnu par les Nations Unies et que le Conseil de sécurité de l’ONU n’est pas favorable à la restauration de cette entité »). Mais cela ne devrait pas impressionner outre mesure les Talibans. Il rappelle sont souhait d’un Afghanistan « sovereign, Islamic, democratic, united, neutral, and connected ». A part un Afghanistan islamique, on ne voit pas trop ce qui pourrait intéresser les talibans. En dernier, il en appelle au Pakistan de cesser de jouer son rôle de partenaire des Talibans. Dans le cas contraire, Islamabad serait alors considéré comme ennemi dans la nation afghane.

Bref, la situation est assez compliquée et on ne voit pas trop ce qui pourrait éviter le pire dans un pays qui connaît la guerre depuis plus de 40 ans.

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Zabihullah (..ذبـــــيح الله م) Zabehulah_M33 # Response:

We condemn today’s bombing in the Dasht-e-Barchi area of Kabul, which was carried out on civilians and unfortunately caused heavy casualties. Such actions are the work of nefarious groups operating under the guise of Kabul administration and intelligence under the name of ISIS.

11 mai 2021 Posted by | Général | Laisser un commentaire

Le délitement des partis de droite français et américain

Les deux partis de droites français (LR) et américain (GOP) sont en train de se déliter (la gauche française suit une pente à peu près comparable). Mais ce délitement prend des formes différentes car les situations sont différentes, en particulier la politique américaine fonctionne depuis plus de 150 ans avec un système bipartite – les démocrates et les républicains – alors que la France a connu plusieurs républiques, plusieurs constitutions et de nombreux partis. Ce qui ne veut pas dire que les valeurs de ces deux partis n’ont pas évolué avec le temps. Il a même complètement changé, tout en gardant le même nom. Les républicains de Lincoln n’ont rien à voir avec ceux de Trump, les démocrates de Wallace encore moins avec Johnson.

La droite française possèderait, depuis la fameuse analyse de René Rémond, trois branches : le légitimisme, l’orléanisme et le bonapartisme. Auxquels s’est greffé un quatrième qui va bien au-delà de ce périmètre tout en récusant le terme extrême. Le FN, mué en RN est devenu le premier parti de France même s’il est sous-représenté dans les deux principales institutions politiques, Sénat et à Assemblée nationale et à tous les niveaux de la vie politique, communale, départemental, régional. Quant à l’appellation de ce qui était la branche gaulliste de la droite, elle a évolué en fonction de celui qui en a pris la direction pour un meilleur contrôle.

D’abord MRP, puis UNR, UD-Ve, UDR, RPR, UMP pour aboutir à LR, une succession de noms qui sur le long terme n’a pas contribué à le renforcer. En 2017, pour la première fois de son histoire, le parti de la droite n’était pas présent au deuxième tour des élections présidentielles car son candidat, François Fillon, embourbé dans des affaires picrocholines, n’est arrivé qu’en troisième position du premier tour.

Malheur aux vaincus, François Fillon disparait de la vie politique et son parti, Les Républicains entame une descente aux enfers et ne semble en mesure de mieux figurer aux élections de 2022 qu’en 2017.  Les ambitions personnelles ont permis au parti vainqueur des élections de 2017 (LREM) d’attirer des figures de la droite (Bruno Le Maire, Edouard Philippe, Gerald Darmanin, Jean Castex) à des postes ministériels. Tout récemment, dans les grandes (petites ?) manœuvres : Bruno Muselier, président de la région PACA a signé un accord avec le parti du président pour les élections régionales de juin 2021. Cet accord local pour une élection locale donne néanmoins une indication sur l’avenir du principal parti de la droite : le néant. D’autant que les deux candidats, l’un avéré, Xavier Bertrand, l’autre putatif, Valérie Pécresse, n’en sont plus officiellement membres. Clairement, le parti LREM a donc pour ambition de dépecer une partie de LR laissant la voie au parti du rassemblement national d’en attirer les membres restants. Jusqu’ici, le résultat est assez limité mais cela pourrait évoluer dans les mois à venir.  A défaut d’être « La droite la plus bête du monde », pour reprendre l’éternelle formule de Guy Mollet, LR va devenir la droite la plus inexistante.

De l’autre côté de l’Atlantique, le bipartisme et les règles électorales permettent au parti républicain de se maintenir à flot. Et pourtant, aux élections présidentielles, ils n’ont obtenu la majorité des votes populaires (celui qui ne compte pas) qu’une seule fois sur les 8 dernières élections : George W Bush en 2004 alors qu’il était président en exercice et qu’il bénéficiait encore de son initiative de guerre contre le terrorisme. Donald Trump avait remporté les élections en 2016 avec près de 3 millions de voix de moins que sa concurrente démocrate. Il avait d’ailleurs contesté ce déficit de 3 millions en affirmant qu’il y avait trois millions de votes illégaux.

Les évolutions du parti républicain dans ce système politique organisé autour du bipartisme sont différentes de son homologue. Les fractures, coalitions, batailles se font à l’intérieur du parti. Ronald Reagan avait réussi à réunir plusieurs tendances : les républicains traditionnels, les déçus du parti démocrate, ceux que l’on appellera les Reagan Democrats, la droite conservatrice et les évangélistes, les libertariens… George W Bush avait maintenu cet équilibre en y ajoutant les néoconservateurs. L’arrivée du Tea Party, né de la crise financière de 2008, a eu une profonde influence sur l’évolution du parti républicain, le poussant clairement à droite. Un des moments importants de cette influence a été la défaite d’Eric Cantor, chef de la majorité de la Chambre des représentants, face à David Brat, le candidat soutenu par le Tea Party.

Depuis 2015, avec l’arrivée de Donald Trump, le parti a été profondément transformé suscitant une ferveur soutenue dans une frange importante de la population, notamment les laisser pour compte de la mondialisation que le candidat Trump a réussi à séduire. Et pendant son premier mandat, il a répété inlassablement son discours simpliste MAGA, America First et poussé l’idée que « ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous », transformant de nombreuses institutions et groupes en ennemis : les démocrates, la presse, les tech companies, l’establishment…

En 2020, plusieurs mois avant les élections, il a répété à l’envi l’idée que, s’il perdait les élections, c’est qu’elles seraient truquées. Après avoir perdu le 3 novembre, il n’a eu de cesse que de contester le résultat en lançant une soixantaine de recours devant les tribunaux (en les perdant tous sauf un), en intimidant les responsables locaux pour renverser les résultats et en demandant à son vice-président de ne pas certifier les votes des Grands électeurs. Autant d’initiatives dont le paroxysme a été l’attaque contre le Capitole le 6 janvier 2021 que l’on peut qualifier de tentative de quasi-coup d’état. Que ce serait-il passé si Mike Pence avait invalidé les des 4 ou 5 états qui ont déterminé l’élection ? Depuis son départ de la Maison Blanche, l’activité principale de Donald Trump est de maintenir en vie le « Big Lie » et d’attaquer les élus républicains qui ont osé voter pour son impeachment ou qui considèrent que Joe Biden est le président légitime. La vie du parti républicain tourne désormais autour de cette question : Pour être adouber ou maintenu dans ses fonctions, c’est désormais le litmus test que républicains doivent réussir s’ils veulent être maintenus dans leur fonction. Le cas de Liz Cheney est exemplaire.

Il y a eu le premier impeachment suite à l’initiative en Ukraine pour obtenir des informations sur le candidat Joe Biden, le second (Donald Trump est le seul président de toute l’histoire des Etats-Unis à avoir deux fois mis en accusation) suite à l’incitation insurrectionnelle et à la prise d’assaut du Capitole le 6 janvier. Sans doute pris par l’émotion, certaines figures du parti républicain, Mitch McConnell, Kevin McCarthy, Lindsey Graham ont condamné l’ex-président. Etait-ce le pas de trop et la page Trump allait-elle être tournée ? C’était aller beaucoup trop vite en besogne car la politique a vite repris ses droits, les chefs de file républicains ont fait le voyage de Mar-a-Lago « to kiss the ring » du nouveau GodTrumper.  

D’autres tiennent bon. C’est le cas de Liz Cheney, fille de l’ex-président Dick Cheney, et représentante du Wyoming et numéro trois du parti. Ici, il n’est pas question de politique, de valeurs ou d’idées à défendre. La seule question qui vaille est : les élections ont-elles été volées ? Ceux qui répondent oui, pourront rester au parti, les autres devront trouver refuge ailleurs. Donald Trump passe donc une bonne partie de son temps à faire virer (« you’re fired », il ne faut pas perdre les bonnes habitudes) les responsables du parti et à trouver des concurrents lors des primaires républicaines de 2022 contre ceux qui ont osé voter le second impeachment.

La semaine prochaine, le parti républicain va voter la destitution de Liz Chenez. Celle-ci semble assez probable même s’il faut une majorité des deux tiers. La probable candidate est Elise Sfefanik, représentant de l’état de New York depuis 2014 (c’était la femme la plus jeune jamais élue). Ce choix est étant donnant en comparant leur profil politique. Liz Cheney a un CV impeccable en matière de conservatisme. Il suffit de lire les derniers billets de son fil twitter. Et sur une période plus longue, ses prises de positions ne laissent aucune ambiguïté. Elle a voté à 93 % en accord avec le président Trump, Elise Stefanik n’atteint que 78 %. Elle a voté contre la loi de baisse des impôts en 2017 (la loi majeure du mandat Trump), critiqué le retrait des accords de Paris et fait clairement figure de républicaine centriste comme l’état de New York a en beaucoup produit si l’on en juge par ses positions sur l’immigration, l’avortement, la guerre en Afghanistan. A tel point que le très conservateur Club for Growth a dit d’elle : « She is a liberal with a 35 % lifetime rating, 4th worse in the House GOP ». En 2016, elle a soutenu le candidat républicain modéré John Kasics, adversaire de Donald Trump et ses déclarations sur ce dernier étaient radicales. Elle a également soutenu l’enquête du procureur Mueller et n’a pas caché son indignation sur les atteintes de l’ex-président à l’état de droit et ses attaques contre le ministère de la Justice.

Que lui vaut donc cette probable promotion ? Un changement de cap net lors du premier impeachment où elle a pris un rôle extrêmement actif et zélé dans l’équipe de défense du président. Avait-elle compris que son avenir au sein du parti passait par un soutien indéfectible à Donald Trump ? Peut-être, en tous cas, depuis elle n’a pas ménagé ses efforts pour soutenir les diverses initiatives de son nouveau champion visant à perpétuer le BIG LIE. L’autre élément qui favorise cette future ascension est beaucoup simples. Il faut une femme pour remplacer une femme – les hommes occupent les deux premières places – et il n’y en a pas tant que ça à la Chambre des représentants (31 sur les 213 pour le parti républicain, 89 sur le 223 pour le parti démocrate)

Le vote de la semaine prochaine sanctionnera plus le renvoi de Liz Cheney que l’élection Elise Stefanik. Mais il signifie surtout moment important dans l’histoire du parti républicain. Ronald Reagan avait poussé le parti vers la droite. Donald Trump le pousse vers Donald Trump !

9 mai 2021 Posted by | Général | Laisser un commentaire

Vaccin Covid-19 : de l’offre à la demande

La première mission à laquelle s’est attelée l’administration Biden est de mettre en œuvre la politique de vaccination contre la Covid-19. Jusqu’ici, l’opération est un succès, plus de 220 millions d’Américains ont reçu leur première dose dans les 100 premiers jours de Joe Biden à la Maison Blanche. Un résultat supérieur à l’objectif fixé. 56 % des adultes ont déjà été complètement vaccinés et 150 millions ont reçu leur première dose. Joe Biden a fixé l’objectif de 70 % des adultes vacciné à horizon du 4 juillet. Objectif qui parait relativement facile : vacciner 14 % de la population en 2 mois semble moins imposant que 56 % en 4 mois (c’est deux fois moins). On pourrait penser que le plus dur a été fait. Il n’en est rien. Car après les défis liés à la production, la distribution et l’administration des vaccins, les États-Unis, comme nombre d’autres pays, sont confrontés au mur de la suspicion et du doute.

Le rythme de vaccination a clairement baissé. La raison principale est qu’une proportion importante de la population, que l’institut Gallup a mesuré à 25 %, ne souhaite pas se faire vacciner. Il va donc falloir trouver des trésors d’imagination pour convertir les esprits. Certes 25 % c’est un progrès par rapport à septembre 2020 où il était de 50 % mais à cette époque les vaccins n’étaient pas disponibles. Mais depuis janvier où les premières doses ont été administrées, la proportion des irréductibles est restée relativement stable. Dans une telle situation, les experts rappellent qu’il sera difficile d’atteindre le niveau d’immunité collective nécessaire pour venir à bout de cette épidémie aux Etats-Unis. L’immunité collective au niveau mondiale semble encore bien plus lointaine.

Quelles sont les raisons de ce refus des bienfaits de la biologie moderne dans un contexte de doute sur les progrès de la science ? Certaines des raisons peuvent être entendues, d’autres sont franchement inaudibles. « Want to wait to confirm it is safe » : Attendre jusqu’aux calendes grecques alors que les différents vaccins, quelles que soient les techniques utilisées, sont à la fois sûrs et efficaces. Certains opposants mettront en avant les quelques cas problématiques mais ne les mettront jamais en perspective au regard des millions de doses administrées. La peur est mauvaise conseillère dit-on et les comparaisons des risques ne sont pas toujours efficaces. « Don’t think health effects of COVID-19 would be serious » : n’est-elle pas étonnante alors que le nombre de morts atteint les 600 000.  

Dans un article publié par le magazine The Atlantic (Millions Are Saying No to the Vaccines. What Are They Thinking?), le journaliste a rencontré des opposants au vaccins pour comprendre les raisons de leur position. On y retrouve pêle-mêle les raisons répertoriées par l’institut Gallup auxquelles on peut ajouter la méfiance vis-à-vis des institutions et la détestation des laboratoires pharmaceutiques qui vont gagner des milliards de dollars dans cette opération de vaccination (la seconde partie de la phrase qui est réelle doit-elle susciter la première ?). Au premier trimestre 2021, le chiffre d’affaires de Pfizer généré par les vaccins a triplé, le bénéfice net global a augmenté de 45 %).

Parmi les facteurs de différenciations – sexe, âge, Éducation, revenue, appartenance partisane – c’est ce dernier qui est le plus discriminant et de beaucoup : 95 % des démocrates déclarent avoir reçu ou désireux d’être vaccinés contre 53 % seulement des républicains. C’est d’autant plus étonnant que Donald Trump répète que c’est grâce à lui que l’Amérique a accès au vaccin. Il est vrai qu’il n’a pas vraiment fait le service après-vente et n’a pas milité activement pour cette cause. Pour lui, le seul intérêt du vaccin était d’être disponible avant les élections pour servir sa cause. A partir du moment où cela n’a pas été le cas et où il n’a pas été réélu, il s’est totalement désintéressé de cette cause. Cette différence entre républicains et démocrates s’observe nettement sur l’avancement de la vaccination dans les différents états en fonction de leur positionnement politique (voir infographie ci-dessous).

6 mai 2021 Posted by | Général | Laisser un commentaire

Joe Biden : aura-t-il les moyens de sa politique ?

Joe Biden a deux ans devant lui pour mettre en œuvre sa politique. Et encore, les majorités des démocrates à la Chambre des représentants (222 contre 213) et au Sénat sont très fragiles. Une poignée de défection d’élus démocrates à la chambre basse suffit pour faire capoter toute initiative. Un seul sénateur démocrate ne souhaitant pas soutenir une politique aussi volontariste et tout est remis en cause.

Pour les deux ans qui suivent, la logique ou plutôt l’histoire politique voudrait qu’il perde la majorité dans l’une des deux chambres. Et donc, si les événements se reproduisent à l’identique, c’est l’immobilisme assuré pour la deuxième moitié de son mandat tant les républicains sont dans une posture d’opposition et non de conciliation et de compromis. Le pont de la discorde de Cincinnati le montre assez clairement (voir encadré ci-dessous).

Toutefois, l’histoire ne se répète pas toujours à l’identique. On compare le début de mandat de Joe Biden à celui de Franklin Roosevelt ou de Lyndon Johnson. Il n’est donc pas inutile de se reporter à ces deux périodes. Aux élections de 1934, les démocrates ont gagné 9 sièges (36 étaient en jeu dont 5 élections spéciales) au Sénat, et 9 à la Chambre des représentants. Cette élection donna une majorité écrasante aux démocrates (69 sièges au Sénat et conforta la majorité encore plus écrasante à la Chambre des représentants (332 contre 103) leur donnant ainsi toute latitude d’action. Ces élections ont été présentées comme un référendum au New Deal du président Roosevelt.

La situation de Lyndon Johnson est très différente puisque les élections de mi-mandat de 1966 donne un net avantage aux républicains qui regagnent 3 sièges au Sénat et 47 sièges à la chambre des représentants. Et pourtant, ce succès électoral ne leur permet pas de regagner la majorité dans les deux chambres tant l’avance des démocrates était grande (64 sièges au Sénat et 248 à la Chambre des représentants contre 187 aux républicains).

Quelle hypothèse retenir, celle de FDR ou de LBJ ? Difficile à dire. Mais quelle que soit l’issue des élections de mi-mandat, Joe Biden doit affronter pour les deux premières années de son mandat un niveau de polarisation jamais atteint. Le « Partisan Gap » qui mesure la différence entre les niveaux d’approbation de Joe Biden par les républicains et par les démocrates est de 85 % alors qu’il n’était que de 77 % pour Donald Trump. Et pourtant, indépendamment des opinions politiques, on peut affirmer sans trop s’avancer que la personnalité de Joe Biden est nettement moins clivante que celle de Donald Trump. Avec le temps, ce niveau de polarisation ne fait qu’augmenter : il était seulement de 51 % pour Bill Clinton avec un niveau d’approbation de 28 % chez les républicains. Pour Obama, il était de 30 %. Il y a eu clairement une aggravation de ce phénomène de polarisation avec Donald Trump qui n’a eu de cesse que de diviser le pays en deux : « ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous ».

Par rapport autres présidents depuis Bill Clinton, Donald Trump se distingue assez singulièrement sur plusieurs critères : il est peu soutenu par les femmes (36 %), par les diplômés (36%) ou encore chez les jeunes (31 % chez les 18-29 ans et 40 % chez les 30-49 ans).

Dans tous ces discours, Joe Biden essaie de calmer le jeu, de faire retomber la pression pour permettre au pays de retrouver un climat social normal. Mais il semble bien difficile de faire rentrer le génie dans sa lampe.

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Le Pont de la discorde

En novembre 2020, un camion transportant de l’hydroxyde de potassium s’encastre dans un autre camion sur le pont Brent Spence (Biden’s Expansive Infrastructure Plan Hits Close to Home for McConnell) qui traverse l’Ohio et permet de passer de l’état du Kentucky à celui de l’Ohio. Cet accident à créé un énorme incendie et entraîné la fermeture du pont pendant six semaines.

Le Brent Spence Bridge a été construit il y a 57 ans et son aspect extérieur n’incite pas à la plus grande confiance. D’autant qu’il a été conçu pour la moitié du trafic qu’il supporte aujourd’hui. Et les huit voies dans les deux sens permettent de transporter annuellement 3 % du PIB des Etats-Unis. Récemment, Amazon a ouvert un centre de tri à l’aéroport de Cincinnati/Northern Kentucky International Airport (qui se trouve, comme son nom l’indique, dans le Kentucky) qui s’ajoute à celui de DHL et des centres de distribution pour Wayfairs et Coca-Cola. Flux de marchandises auquel il faut ajouter la circulation des particuliers qui traversent le fleuve dans les deux sens. Selon une étude c’est le second point de congestion le plus important du pays derrière l’échangeur autoroutier à côté de Fort Lee dans le New Jersey qui mène au George Washington Bridge et relie Manhattan.

C’est donc une artère importante majeure de circulation pour laquelle le plan infrastructure de Joe Biden est le bienvenu car le pont nécessite d’être rénové. Tout est pour le mieux puisque Mitch McConnell, le chef de la majorité au Sénat est sénateur du Kentucky et depuis longtemps favorable à des travaux. Oui, mais comme beaucoup de républicains, il ne veut pas entendre parler du plan infrastructure et encore moins d’un quelconque financement par une augmentation des impôts. La rénovation pourtant si nécessaire de ce pont n’est donc pas pour demain.

4 mai 2021 Posted by | Général | Laisser un commentaire

Après FDR et LBJ, voici JDR

Franklin Delano Roosevelt passa un véritable tsunami de lois pour surmonter la Grande Dépression contre laquelle son prédécesseur, Herbert Hoover, n’avait pas voulu prendre de mesures significatives. Harry Truman devait décider ou pas de lancer la bombe atomique sur le Japon pour arrêter la guerre. Il le fera finalement au cours du quatrième mois, les 6 et 9 août 1945, respectivement sur Hiroshima et Nagasaki. John Kennedy a été confronté au fiasco du débarquement de la baie des Cochons à Cuba. Reagan fut victime d’une tentative d’assassinat.

Que retiendront les historiens des Cent premiers jours de Joe Biden ? Qu’il géra avec détermination l’opération de vaccination contre la Covid avec un résultat double de l’objectif qu’il s’était fixé au départ (220 millions de doses administrées contre 100 millions annoncés) ? Qu’il signa une loi de sauvetage de la crise sanitaire de 1 900 milliards de dollars ? Qu’il décida de rapatrier les soldats présents en Afghanistan à échéance du 11 septembre ? Qu’il prévoit d’augmenter les impôts des entreprises et des foyers les plus riches ? Qu’il aura proposé une fiscalité sur les entreprises au niveau mondial pour supprimer le phénomène d’aubaine des paradis fiscaux ? Qu’il soit revenu dans nombreuses institutions abandonnées par Donald Trump (Accord de Paris, OMS…) ? Qu’il faut engager une profonde réforme de la police ? Qu’il existe un racisme systémique ? Qu’il entend développer un échange musclé et maitrisé avec la Chine et la Russie ?

En tous cas, le qualificatif de Sleepy que Donald Trump avait essayé de lui coller à la peau pendant toute la campagne n’aura pas accroché car depuis qu’il est arrivé à la Maison Blanche, Joe Biden a lancé de nombreuses initiatives dont trois lois majeures, sachant que les deux dernières ne sont pas encore gagnées.

Il y a la personnalité du président, la forme de son discours et le fond, c’est-à-dire les politiques mises en œuvre, et la méthode. Sur ces quatre points, Joe Biden est l’opposé de Donald Trump. Ses qualités – humilité, décence, empathie naturelle – dépeignent en creux ce qu’était un Donald Trump marqué par la vulgarité, la grossièreté et l’indignité. Les républicains supportaient ses écarts permanents dans une sorte de pacte faustien en échange de quelques actions comme la baisse des impôts et la nomination de juges conservateurs à la Cour Suprême et dans les cours de niveau inférieures. Dans son discours en réponse à celui de Joe Biden, le républicain Tim Scott en convient sans détour : « Our president seems like a good man. His speech was full of good words ». Une attitude qui diffère avec celle qui prévalait du temps de Barack Obama qui, il est vrai, était plus froid et cérébral et surtout n’avait pas l’historique qu’a Joe Biden au Sénat. Difficile pour Mitch McConnell ou Lindsey Graham de dire du mal d’un ancien collègue avec qui ils avaient des relations amicales (même si on le sait l’amitié en politique a ses limites) pendant des années, voir des décennies.

Sur la forme, Joe Biden vise dans toutes ses interventions à unir et à rassembler plutôt qu’à cliver et à désigner des adversaires, des boucs-émissaires, voire des ennemis. « There is not a single thing — nothing, nothing beyond our capacity. We can do whatever we set our mind to if we do it together. So let’s begin to get together », concluait-il dans son discours au Congrès. Il reste toujours très soucieux de ménager ses opposants républicains tout en voulant faire passer son point de vue. Une approche en totale rupture avec son prédécesseur.

Enfin sur le fond et c’est peut-être là le plus important, Joe Biden a une conception assez traditionnelle des démocrates où l’état joue un rôle important dans l’économie. De ce point de vue, c’est là une rupture avec les républicains depuis la vague néolibérale initiée par Ronald Reagan où l’état était le problème et où les ressorts de la société étaient principalement centrés sur les entreprises privées et sur l’individu (« In this present crisis, government is not the solution to our problem; government is the problem » – Ronald Reagan dans son discours d’investiture). C’est ce que l’éditorialiste néoconservateur Bill Kristol qualifie de « Old-Fashioned Liberalism » par opposition aux « woke liberalism ». En gros, le mouvement liberal traditionnel, celui qui s’attache à défendre les classes populaires et les classes moyennes plutôt que celui, plus récent, que Mark Lilla qualifie de gauche identitaire et qui s’attache plus à l’appartenance identitaire de ceux dont elle s’érige comme le porte-drapeau. « Nous devons réapprendre à parler aux citoyens en tant que citoyens et à présenter nos idées – y compris celles visant à améliorer la vie de certains groupes – de manière à ce que tout le monde puisse les soutenir ». Nous devons devenir une gauche républicaine » considère le professeur de littérature à l’université de Columbia.

C’est précisément ce que cherche à faire Joe Biden et, en tous cas, c’est ce qu’il détaille dans son discours au Congrès. Un discours qui marque le retour en force du gouvernement dans l’action publique. Les trois plans qu’il présente – American Rescue Plan pour sortir de la crise sanitaire et relancer l’économie votée par le congrès, American Jobs Plan pour réparer les infrastructures physiques et sociales et American Families Plan pour améliorer la société en aidant les familles – visent cet objectif. C’est un effort de 6 000 milliards de dollars environ 30 % du PIB. C’est donc un effort considérable dont la vocation est de créer les emplois pour les cols bleus et la classe moyenne du 21e siècle auxquels rend hommage Joe Biden « The middle class built the country. And Unions build the middle class » rappelle Joe Biden. Le mot Jobs est répété une cinquantaine de fois dans son discours.

Ces nouveaux emplois ne sont pas liés au charbon, à l’acier, à l’automobile qui représentent les industries du 20e siècle. Il ne faut pas chercher à revenir en arrière mais bien d’aller de l’avant. Leurs employeurs sont les Amazon et les Uber d’aujourd’hui mais qui utilisent les mêmes bonnes méthodes du passé. Les intimidations du géant du e-commerce dans le centre de tri d’Alabama pour empêcher la constitution d’un syndicat local le montre assez clairement. Jeff Bezos n’a rien à envier aux « barons voleurs » de la fin d’un 19e siècle.

Dans les défis posés aux Etats-Unis, face notamment à la montée en puissance de la Chine, la puissance publique à son mot à dire et pas seulement en imposant des droits de douane mais aussi en développant les technologies d’aujourd’hui et de demain. Joe Biden rappelle les heures de gloire de la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) qui a été à la source d’Internet, du GPS et de bien d’autres technologies qu’exploitent aujourd’hui les GAFA. Dans la santé, la NIH (National Institutes of Health) doit participer activement au développement des traitements contre le diabète, l’Alzheimer ou le cancer. Joe Biden rappelle que la recherche publique atteignait 2 % du PIB, aujourd’hui elle est inférieure à 1 %.

La méthode retenue par Joe Biden tranche aussi avec celle de son prédécesseur. Donald Trump dirigeait les Etats-Unis à coup de décisions impulsives diffusées par des tweets intempestifs, tous ceux qui n’étaient de son avis étaient des ennemis. Joe Biden a une approche totalement différente liée à sa personnalité, à son expérience politique et aux liens qu’il avait nombre de républicains avant de devenir président. Son discours est à l’opposé de ce qu’aurait pu dire Donald Trump mais il n’a jamais mentionné et encore moins dénigré son prédécesseur. Même si la première des trois grandes lois a été votée sans l’aide d’un seul vote républicains, Joe Biden veut toujours tendre la même aux républicains que ce soient les élus ou les électeurs. Et c’est du côté de ces derniers qu’il y aura peut-être une possibilité de levier. Car déjà près d’un quart des électeurs du GOP soutiennent l’American Rescue Plan.

« Thanks (…) the overwhelming support of the American people — Democrats, Independents and Republicans – we did act ».

« If you think it’s not important, check out in your own district, Democrat or Republican. Democrat or Republican voters ».

Il entend donc laisser sa porte ouverte et sa main tendue :

« Vice President Harris and I meet regularly in the Oval Office with Democrats and Republicans to discuss the jobs plan. And I applaud a group of Republican senators who just put forward their own proposal ».

« We talked about it long enough, Democrats and Republicans. Let’s get it done this year ».

I know Republicans have their own ideas and are engaged in productive discussions with Democrats in the Senate ».

Et enfin, le dernier point sur lequel Joe Biden apporte un souffle nouveau porté par l’optimisme (« America is rising anew. Choosing hope over fear, truth over lies and light over darkness ») et non par le ressentiment, tout en sachant pertinemment que les Etats-Unis, comme le monde entier, traverse de multiples crises emboitées les unes dans les autres : « Tonight, I come to talk about crisis and opportunity ». I can report to the nation, America is on the move again ».

« Turning peril into possibility, crisis into opportunity, setbacks to strength », emprunté au mot chinois crise qui a la double signification : danger et opportunité. C’est là une vision très américaine.

Et pendant ce temps, Donald Trump…

Et pendant ce temps, Donald Trump continue à chasser ses vieilles lunes : répéter à l’envi le big lie, c’est-à-dire le fait que Joe Biden n’a pas gagné les élections, adouber ou décapiter les républicains en fonction de leur allégeance au chef, lui, ou encore jouer au golf.

Statement by Donald J. Trump, 45th President of the United States of America
Great news for the Republican Party!  Senator Lisa Murkowski said she is “still weighing whether she will run again” for the Senate in Alaska.  In other words, there is a chance that she won’t run!  Wouldn’t that be great?  And so many people are looking to run against Crazy Liz Cheney—but we only want one.  She is so far down in Wyoming polls that the only way she can win is numerous candidates running against her and splitting the vote.  Hopefully, that won’t happen.  I’ll make an Endorsement soon!

Statement by Donald J. Trump, 45th President of the United States of America
The Republican Party is demanding that Governor Ducey of Arizona immediately provide large-scale security for the brave American Patriots doing the Forensic Audit of the 2020 Presidential Election. Governor Ducey will be held fully responsible for the safety of those involved. State police or National Guard must be immediately sent out for protection. The Democrats do not want to have this information revealed, and they will do anything to stop it. Governor Ducey must finally act!

2 mai 2021 Posted by | Général | Laisser un commentaire

Rick Santorum réinvente l’histoire de l’Amérique

Pourquoi les premiers colons venus en Amérique n’ont pas éliminé les Indiens, tout simplement parce que, quand ils sont arrivés, il n’y avait rien, quasiment rien.

L’extrait de l’intervention de Rick Santorum, ancien sénateur et ex-candidat à la primaire républicaine montre à la fois l’ignorance et l’arrogance du personnage (et pourtant he knows better comme on dit).

Liberty and religion serait les deux piliers des Etats-Unis comme « labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France ».

Pour rappel, Dieu est mentionné une seule fois dans la Constitution et plutôt en référence à un Être suprême et non comme le Dieu des Chrétiens.

Quant à la liberté, elle n’était apparemment pas prévue pour tout le monde. Les Noirs en ont été privés jusqu’à ce que le pays surmonte cette question dans une guerre civile qui coûta la vie à 600 000 Américains sur une population de 30 millions d’habitants.

« Former Pennsylvania Senator, CNN contributor (and man whose head is so far up his ass it reappeared through his mouth) Rick Santorum told a gathering of the conservative Young Americans Foundation that the American culture was borne of nothingness, dismissing the contributions of Native Americans and centuries of immigrants from around the world.   « We birthed a nation from nothing. I mean, there was nothing here. I mean, yes we have Native Americans but candidly there isn’t much Native American culture in American culture, » Santorum pontificated. Santorum also noted, incorrectly, that the US has changed little since its founding, ignoring the abolition of slavery, advancements of women’s rights, and the contributions of wave after wave of immigrants to the US economy, culture and progress. »

30 avril 2021 Posted by | Général | Laisser un commentaire

L’impact du recensement sur la Chambre des Représentants

L’US Census Bureau vient de publier ses premiers résultats : les Etats-Unis comptent 331 millions d’âmes en augmentation de 7,4 % par rapport au recensement de 2010. C’est l’augmentation la plus faible depuis que les Etats-Unis réalisent le recensement à partir de 1790 (Recensement 2020 des Etats-Unis : une croissance démographique ralentie).

Ces résultats ont deux conséquences directes : le montant des finances qui seront allouées aux Etats-Unis (écoles, hôpitaux, logements…) et le nombre d’élus que possède chaque état à la Chambre des représentants, avec des gagnants et des perdants car le nombre total d’élus reste pour l’instant fixé à 435. Cette réaffectation se traduit dans la répartition des Grands électeurs, déterminant pour l’élection présidentielle. Au total, depuis 1940, ce sont donc 84 sièges qui sont passés de l’Est et du MidWest vers l’Ouest et le Sud.

A la suite de ce recensement, 7 sièges ont donc été redistribués en fonction de l’évolution de la population des Etats avec des gagnants et des perdants. Le grand gagnant étant le Texas qui augmente son quota de deux sièges. Les Etats qui perdent sont, pour la plupart des états de l’Est ou du Midwest au profit de l’Ouest et du Sud, à l’exception de la Californie qui, pour la première fois de son histoire, perd un siège.  Toutefois, le Golden State est celui qui détient avec 52 le plus grand nombre de représentants.

Après le recensement de 1790, un élu de la Chambre basse représentait en moyenne 34 000 habitants, aujourd’hui, il en représente 761 000 contre 710 000 en 2010. D’où un appel de certains élus d’augmenter le nombre de Représentants.

Alors que Donald Trump avait remporté les 4 états ayant la plus forte croissance démographique (Utah, Idaho, Texas et North Dakota), Joe Biden a gagné quatre des cinq suivants (Nevada, Colorado, Washington et Arizona).

La Californie reste l’état le plus peuplé avec 39,5 millions d’habitants, le Wyoming le moins avec 576 000. Rappelons que chacun de ces deux états possède deux sénateurs, une distorsion considérable puisqu’un sénateur californien représente près de 20 millions d’administrés contre 290 000 pour son collègue du Wyoming, soit un rapport de 1 à 68. Même si les Pères fondateurs, en rédigeant la Constitution, avaient souhaité que les Etats soient représentés à égalité, il est difficile de prétendre qu’ils aient envisagé une telle situation. Ainsi les Etats du Mississippi, Kansas, Nebraska, Idaho, Dakota du Nord et du Sud, Alaska et Wyoming ont 16 sénateurs avec une population deux fois moins inférieure à la Californie qui n’en a que 2.

Cette distorsion est évidemment patente pour l’élection des sénateurs mais aussi pour l’élection du président. Avec 576 000 habitants, le Wyoming a 3 grands électeurs (2 sénateurs et 1 représentant), avec 39,5 millions, la Californie en a 54 (2 sénateurs et 52 représentants). Un grand électeur du Wyoming représente la volonté de 192 000 habitants alors que son homologie californien 731 000, un rapport de 1 à 4. Une situation pour le moins problématique.

29 avril 2021 Posted by | Général | Laisser un commentaire

Recensement 2020 des Etats-Unis : une croissance démographique ralentie

Au 1er avril 2020, les Etats-Unis comptaient 331 millions d’habitants (331 449 281 exactement) en 2020, en croissance d’un peu plus de 22 millions d’habitants soit 7,4 % par rapport au dernier recensement de 2010. C’est une croissance qui reste soutenue si on la compare aux pays européens, mais qui est en retrait par rapport à celle enregistrée en sur la décennie 2000-2010. Et surtout, c’est la deuxième croissance la plus faible depuis que les Etats-Unis réalisent le recensement à partir de 1790. La période où la croissance démographique a été la plus faible est la décennie des années 1930. Cela faisait suite à la Grande Dépression mais aussi aux lois visant à réduire l’immigration votées en 1924. Corrélativement, la population des Etats-Unis vieillit, Il y a aujourd’hui plus d’Américains de plus de 80 ans que de moins de 2 ans.

La Californie reste l’état le plus peuplé avec 39,5 millions d’habitants, le Wyoming le moins avec 576 000. Toutefois, le Golden State a vu sa population augmenter moins vite que la moyenne du pays car en plus des deux tendances globales [baisse de la natalité (-10% par rapport à 2010) et de l’immigration (-44 % par rapport à 2010)], il faut ajouter aussi celui de l’émigration de Californiens vers d’autres états où le coût de la vie est moins cher et la vie plus facile. San Francisco est la ville la plus cher du pays devant New York City, la circulation dans la toute la Silicon Valley et dans la métropole de Los Angeles est devenue impossible. A la faveur de la Covid-19 et de l’instauration du télétravail, plusieurs entreprises phares de la Silicon Valley ont décidé d’installer leur siège dans un autre état. Les états qui profitent de ces transferts jouxtent la Californie comme l’Oregon ou le Nevada mais sont aussi des états éloignés comme l’Idaho ou le Texas. Le New York Times cite le cas d’un psychologue travaillant pour le ministère de la Défense qui, en choisissant de quitter la péninsule de Coronado près de San Diego pour Boise dans l’Idaho a pu s’acheter une maison deux fois plus spacieuse pour un prix réduit de moitié.  

Dix états dépassent les 10 millions d’habitants : Californie, Texas, Floride, New York, Pennsylvanie, Illinois, Ohio, Géorgie, Caroline du Nord et Michigan.  L’état qui a connu la plus forte croissance démographique est l’Utah avec une augmentation de 18 % de sa population.

C’est là le premier enseignement du recensement réalisé en 2020. Ce ralentissement de la croissance démographique est le résultat d’un double phénomène : la baisse de la natalité au sein de la population américaine et la baisse de l’immigration. Rappelons que la Constitution impose un recensement du pays tous les dix ans. Les résultats de ce dernier recensement ont été publiés avec un peu de retard en raison de l’épidémie Covid-19.

Si cette croissance est historiquement assez faible, elle reste plus élevée que des pays à développement comparable. A titre de comparaison, la population française n’a augmenté que de 3,8 %, la population allemande de 3,7 %, l’Espagne de 2,8 % et l’Italie d’un peu moins de 2 %. De son côté, la population mondiale est passée de 6,9 milliards d’habitants en 2010 à 7,8 milliards en 2020 soit une augmentation d’environ 13 %. La population mondiale évolue à un rythme compris entre 1,1 et 1,2 % par an au terme d’une très forte diminution depuis les années soixante où il était d’environ 2,2 %. La baisse s’est accélérée dans les années 80 avec la mise en place du contrôle des naissances et de la politique de l’enfant unique en Chine. Aujourd’hui c’est l’Afrique qui continue son explosion démographique avec un continent qui devrait atteindre 2,5 milliards d’habitants en 2050.  

Aux Etats-Unis, ce sont toujours les régions du Sud et de l’Ouest qui sont les plus dynamiques avec respectivement 10,2 % et 9,2 % en raison de mouvements internes du Nord-Est et du Midwest mais aussi de l’immigration des pays d’Amérique latine. La Rust Belt, qui fut un temps le berceau industriel des Etats-Unis, continue à rouiller et la Sun Belt poursuit son ensoleillement.  

Au 1er avril 2020, les Etats-Unis comptaient 331 millions d’habitants (331 449 281 exactement) en 2020, en croissance d’un peu plus de 22 millions d’habitants soit 7,4 % par rapport au dernier recensement de 2010. C’est une croissance qui reste soutenue si on la compare aux pays européens, mais qui est en retrait par rapport à celle enregistrée en sur la décennie 2000-2010. Et surtout, c’est la deuxième croissance la plus faible depuis que les Etats-Unis réalisent le recensement à partir de 1790. La période où la croissance démographique a été la plus faible est la décennie des années 1930. Cela faisait suite à la Grande Dépression mais aussi aux lois visant à réduire l’immigration votées en 1924. Corrélativement, la population des Etats-Unis vieillit, Il y a aujourd’hui plus d’Américains de plus de 80 ans que de moins de 2 ans.

La Californie reste l’état le plus peuplé avec 39,5 millions d’habitants, le Wyoming le moins avec 576 000. Toutefois, le Golden State a vu sa population augmenter moins vite que la moyenne du pays car en plus des deux tendances globales [baisse de la natalité (-10% par rapport à 2010) et de l’immigration (-44 % par rapport à 2010)], il faut ajouter aussi celui de l’émigration de Californiens vers d’autres états où le coût de la vie est moins cher et la vie plus facile. San Francisco est la ville la plus cher du pays devant New York City, la circulation dans la toute la Silicon Valley et dans la métropole de Los Angeles est devenue impossible. A la faveur de la Covid-19 et de l’instauration du télétravail, plusieurs entreprises phares de la Silicon Valley ont décidé d’installer leur siège dans un autre état. Les états qui profitent de ces transferts jouxtent la Californie comme l’Oregon ou le Nevada mais sont aussi des états éloignés comme l’Idaho ou le Texas. Le New York Times cite le cas d’un psychologue travaillant pour le ministère de la Défense qui, en choisissant de quitter la péninsule de Coronado près de San Diego pour Boise dans l’Idaho a pu s’acheter une maison deux fois plus spacieuse pour un prix réduit de moitié.  

Dix états dépassent les 10 millions d’habitants : Californie, Texas, Floride, New York, Pennsylvanie, Illinois, Ohio, Géorgie, Caroline du Nord et Michigan.  L’état qui a connu la plus forte croissance démographique est l’Utah avec une augmentation de 18 % de sa population.

C’est là le premier enseignement du recensement réalisé en 2020. Ce ralentissement de la croissance démographique est le résultat d’un double phénomène : la baisse de la natalité au sein de la population américaine et la baisse de l’immigration. Rappelons que la Constitution impose un recensement du pays tous les dix ans. Les résultats de ce dernier recensement ont été publiés avec un peu de retard en raison de l’épidémie Covid-19.

Si cette croissance est historiquement assez faible, elle reste plus élevée que des pays à développement comparable. A titre de comparaison, la population française n’a augmenté que de 3,8 %, la population allemande de 3,7 %, l’Espagne de 2,8 % et l’Italie d’un peu moins de 2 %. De son côté, la population mondiale est passée de 6,9 milliards d’habitants en 2010 à 7,8 milliards en 2020 soit une augmentation d’environ 13 %. La population mondiale évolue à un rythme compris entre 1,1 et 1,2 % par an au terme d’une très forte diminution depuis les années soixante où il était d’environ 2,2 %. La baisse s’est accélérée dans les années 80 avec la mise en place du contrôle des naissances et de la politique de l’enfant unique en Chine. Aujourd’hui c’est l’Afrique qui continue son explosion démographique avec un continent qui devrait atteindre 2,5 milliards d’habitants en 2050.  

Aux Etats-Unis, ce sont toujours les régions du Sud et de l’Ouest qui sont les plus dynamiques avec respectivement 10,2 % et 9,2 % en raison de mouvements internes du Nord-Est et du Midwest mais aussi de l’immigration des pays d’Amérique latine. La Rust Belt, qui fut un temps le berceau industriel des Etats-Unis, continue à rouiller et la Sun Belt poursuit son ensoleillement.  

28 avril 2021 Posted by | Général | Un commentaire