maison blanche

La nouvelle donne

La politique du caniveau et du tout à l’égo

Le Texas, la Floride, Porto Rico, La Californie balayés par les ouragans, les eaux ou les flammes, les Etats-Unis ont été assaillis de toutes côtés par mère nature, la Corée du Nord qui menace, la loi sur l’assurance maladie dans les oubliettes tandis que la future loi sur la réforme fiscale ou plutôt les réductions d’impôts pour les plus riches se profile mais sans grande chance d’aboutir… Bref, les sujets importants ne manquent pas. Et pourtant, Donald Trump ne manque pas un jour pour choisir un nouveau combat d’opérette à la hauteur du caniveau où le tragique le dispute souvent à l’ignoble ou à l’indécence.

Faute de concrétisations législatives (aucune loi majeure n’a encore été votée), Donald Trump utilise son stylo pour signer des Executive Orders autant que sa machine à tweets. Le dernier EO constitue une nouvelle salve pour détricoter l’Obamacare.

Sur la signature des EO, Donald Trump avait abondamment critiqué Barack Obama sur cette manière de gouverner. Concernant les tweets, son entourage explique c’est sa manière de maintenir le contact avec sa base et de corriger les fake news des failings medias. Bien sûr, lorsque ses opposants utilisent le même canal de communication pour critiquer le président, le sénateur Bob Corker par exemple, les conseillers de Donald Trump indiquent qu’ils font preuve d’irresponsabilité.

Il y a eu l’épisode de la NFL, puis la critique de la maire de San Juan qui avait osé le critiquer, sans parler de ses remarques sur le peu de morts occasionnés par les ouragans à Porto Rico comparés à la catastrophe de Katrina à la Nouvelle Orléans (de quoi se plaignent les Portoricains) mais ces deux derniers jours ont livré leur lot d’ignominies.

Interrogé sur le fait qu’il n’ait pas contacté les familles des quatre soldats américains tués au Niger, il a d’abord répondu qu’il téléphonait quand ça lui semblait opportun pour ensuite se lancer dans une critique de Barack Obama qui n’appelait pas les familles dans de telles situations (l’entourage de Barack Obama est monté au créneau outragé par cette critique fausse, inutile et totalement vaine). Ratissant un peu plus large, Donald Trump a même étendu sa critique en incluant George W. Bush dans ces critiques. Donald Trump a redoublé le lendemain en indiquant que Barack Obama n’avait pas appelé son Chief of Staff John Kelly lorsque son fils avait été tué en 2010 en Afghanistan. Un mensonge (de plus mais un peu plus ignoble que les autres) puisque Barack Obama s’était rendu à cette occasion à la Base militaire de Dover pour se recueillir devant les cercueils. Il avait ensuite reçu John Kelly et son épouse à la Maison Blanche.

Il y a ensuite une nouvelle salve contre John McCain atteint d’un cancer particulièrement invasif et qui pourrait l’empêcher de finir son mandat. Lundi 16 octobre à Philadelphie, après avoir reçu la médaille de la Liberty de Joe Biden au National Convention Center, John McCain a fait part de ses préoccupations sur les directions prises par l’Amérique aujourd’hui :

To fear the world we have organized and led for three-quarters of a century, to abandon the ideals we have advanced around the globe, to refuse the obligations of international leadership and our duty to remain ‘the last best hope of earth’ for the sake of some half-baked, spurious nationalism cooked up by people who would rather find scapegoats than solve problems is as unpatriotic as an attachment to any other tired dogma of the past that Americans consigned to the ash heap of history.

We live in a land made of ideals, not blood and soil. We are the custodians of those ideals at home, and their champion abroad. We have done great good in the world. That leadership has had its costs, but we have become incomparably powerful and wealthy as we did. We have a moral obligation to continue in our just cause, and we would bring more than shame on ourselves if we don’t. We will not thrive in a world where our leadership and ideals are absent. We wouldn’t deserve to.

 

Cette description du rôle des Etats-Unis est sans doute très idyllique mais elle a de la hauteur de vue et de l’envergure. Face à la critique à peine voilée de l’action du président mais faite dans un registre général et surtout pas ad hominem, la réponse de Donald Trump est à la hauteur de celles qu’il fait habituellement, la hauteur du caniveau :

« I’m being very nice, I’m very, very nice, but at some point I fight back, and it won’t be pretty ».

Comme le fait remarquer Lawrence O’Donnell dans son émission The Last World, pendant que Donald Trump évitait d’aller au Vietnam à la faveur d’une dispense médicale de confort, John McCain passait plus de 5 ans dans les geôles nord-vietnamiennes. Ce qui n’avait pas empêché Donald Trump de déclarer qu’à ses yeux John McCain n’était pas un héros car les héros ne se font pas capturer.

 

5 tweets ce matin (dont un double en prime : vivement les 280 caractères) qui vont dans tous les sens en moins d’une heure

Publicités

18 octobre 2017 Posted by | Général | Laisser un commentaire

Même au golf !

Donald Trump aurait réalisé un score de 73 lors de l’une de ses dernières parties de golf par temps venteux. Ce qui en ferait l’un des meilleurs golfeurs seniors au monde. Ses anciens partenaires disent qu’il a un secret : Il triche. Beaucoup.

16 octobre 2017 Posted by | Général | Laisser un commentaire

En attendant Mueller !

A la différence de Godot dans la pièce éponyme de Samuel Becket, Mueller arrivera bien un jour. C’est là une certitude. Les supporters de Donald Trump répètent en boucle qu’une enquête est en cours et que pour l’instant elle fait pschitt. Evidemment, c’est là pour eux le moyen de dénigrer le travail que poursuit actuellement l’ancien patron du FBI et de crier à l’acharnement. Ils ne doivent pas crier victoire trop tôt car Mueller et son équipe d’experts chevronnés mènera son enquête à son terme. En revanche, les conclusions qui se faites seront-elles suffisantes pour engager une quelconque démarche de destitution, en particulier d’impeachment ? Rien n’est sûr à ce jour.

De manière anecdotique, les deux personnages de la pièce de Samuel Beckett qui attendent Godot sont Vladimir et Estragon. Vladimir est-il Poutine ? Et Estragon est-il Donald Trump ? Si oui, à la fin de la pièce, il doit baisser son pantalon. Est-ce là un présage ?

Mais en attendant les conclusions de l’enquête dont tous les observateurs avaient bien prévenu qu’elle prendrait beaucoup de temps, peu d’informations transpirent, même si on a déjà à disposition de nombreux faits loin d’être insignifiants.

Le cabinet d’avocats Kramer Levin Naftalis & Frankel, Noah Bookbinder de l’association  Citizens for Responsibility and Ethics (CREW) vient de publier un rapport d’une centaine de pages intitulé PRESIDENTIAL OBSTRUCTION OF JUSTICE: THE CASE OF DONALD J. TRUMP à partir de ce que l’on sait à ce jour.  Selon ce rapport, les faits connus contiennent suffisamment de preuves que le président Trump a entravé les investigations sur l’affaire Michael Flynn et les implications de la Russie dans les élections de 2016. Des faits qui incluent le limogeage du patron du FBI James Comey. Se pose également la question de savoir si le président Trump a conspiré avec des membres de son équipe de campagne et de son administration pour faire obstruction à la Justice.

Les tentatives pour arrêter une enquête représente une forme courante d’obstruction. Demander la loyauté d’un individu qui est impliqué dans cette enquête, le solliciter pour mettre un terme à cette enquête et au final le congédier pour espérer clore l’enquête constituent des faits typiques pour alimenter une solide conviction d’obstruction à la justice considèrent les auteurs du rapport. En outre, une conduite qui peut être caractérisée comme de l’intimidation, des menaces ou des démarches pour persuader des témoins constituent également des charges d’obstruction.

Pour les auteurs, Bob Mueller aura plusieurs possibilités lorsque son enquête sera terminée. Il pourra transmettre le dossier au Congrès et à la Commission judiciaire qui pourra demander un procès. C’est ainsi que le procureur spécial avait traité l’affaire du Watergate. Il pourra directement mettre en accusation le président Trump et demander un procès.  La conclusion de ce rapport est que les faits permettent de penser qu’il y a bien eu obstruction de la justice.

Un article qui commente ce rapport (Obstruction of Justice and President Trump: Comments on a New Report) publié sur le blog spécialisé Lawfare qui fait autorité n’est pas aussi affirmatif sur la conclusion et indiquant que les faits qui seront produits seront déterminants et devront être documentés de manière beaucoup plus précise dans le cadre d’une procédure juridique. Par ailleurs, se pose de savoir si des personnes seront prêtes à témoigner. Les sources que les journaux gardent anonymes sont suffisantes pour publier des articles mais ne sont pas probantes devant la loi.

Si une très forte majorité des Américains ne font pas confiance à Donald Trump et pense qu’il n’est pas taillé pour sa fonction, et si même Steve Bannon, son ancien proche conseiller, pense qu’il a seulement 30 % de chances de finir son mandat, cela ne suffit évidemment pas. Parmi les initiatives en cours qui pourrait alimenter un dossier pour destituer Donald Trump, il y a aussi la publication du livre The Dangerous Case of Donald Trump: 27 Psychiatrists and Mental Health Experts Assess a President qui pose la question : is he crazy like a fox or crazy like crazy et dans lequel deux douzaines de psychiatres et spécialistes de la santé mentale considère que Donald Trump est : « dangerously mentally ill and that he presents a clear and present danger to the nation and our own mental health »).

La chaîne Democracy Now! interviewait récemment le Psychiatre Robert Jay Lifton expliquant le devoir de prévenir le public américain sur l’instabilité du président américain et sur le danger qu’il fait courir aux Etats-Unis et à la Planète. Il a également indiqué que le groupe des 27 psychiatres qui vient de publier ce livre est en contact régulier avec le Congrès pour développer les réflexions des sénateurs et des membres de la Chambre des représentant sur l’état psychologique du président.

 

15 octobre 2017 Posted by | Général | Laisser un commentaire

Iran : la mauvaise non décision de Donald Trump

Kevin rentre à la maison avec son bulletin du deuxième trimestre. Il est tout simplement mauvais et si rien ne change au troisième trimestre, il redoublera sa classe de troisième. Son père est évidemment furieux d’autant que, il faut bien le reconnaître, depuis plusieurs mois ça ne va pas du tout à la maison : Kevin mène la vie impossible à ses parents, à son frère et à sa sœur, a été impliqué dans une sombre histoire qui la conduit devant le juge des enfants qui a heureusement décidé de lui laisser le bénéfice du doute puisque c’était la première fois qu’il comparaissait.

Son père demande alors une réunion avec la principale du collège, le professeur principal, la conseillère d’orientation et la psychologue qui suit Kevin depuis quelques mois, sans grand résultat d’ailleurs il faut l’avouer. Le constat est accablant, Kevin pose un problème sérieux sur plusieurs plans mais c’est la question scolaire qui sera abordée pendant cette réunion. Chaque partie fait part de ces observations et présente quelques pistes qui permettraient d’améliorer la situation et surtout d’éviter le redoublement. Il faut réagir et vite. Pour fixer les idées, le principal explique que si Kevin obtient la moyenne générale au troisième trimestre, il a de bonnes chances de passer dans la classe supérieure. Ce n’est pas impossible car Kevin n’est pas dépourvu de capacités intellectuelles.

A l’issue de la réunion, plusieurs décisions sont prises et le père de Kevin est bien décidé à prendre des mesures coercitives si nécessaire. S’il n’a aucun pouvoir sur le redoublement, il propose un pacte : Si Kevin à la moyenne générale au troisième trimestre ce qui devrait li permettre de passer en seconde, il partira en vacances. S’il n’a pas la moyenne, pas de vacances. Le contrat est simple. Même si toutes parties prenantes ne sont pas très enthousiastes sur cet accord, elles s’y engagent quand même en pensant que peut-être cela permettra de remettre Kevin sur les bons rails.

Le troisième trimestre arrive et Kevin change d’attitude, fait preuve de bonne volonté et d’application dans son travail. Les devoirs sur table s’enchaînent et Kevin obtient la moyenne dans quasiment toutes les disciplines, sauf en allemand et en latin car son retard était beaucoup trop important. Mais ce n’est pas très grave car en seconde il pourra abandonner le latin et pendant les vacances il pourra suivre un séjour linguistique en Allemagne. Par contre, la situation ne s’améliore pas vraiment et Kevin continue à ruiner un peu l’ambiance familiale. Le conseil de classe arrive et Kevin est admis en seconde.

Certes, le problème scolaire n’est pas réglé pour autant. Que se passera-t-il en seconde ? Réussira-t-il son bac ? On ne sait pas trop mais cette admission en seconde est un premier pas positif.

Sans très comprendre bien pourquoi, le père de Kevin n’est pas content du tout et considère que l’accord passé avec le personnel de l’école n’était pas bon. Il réunit la famille et refait la liste de toutes les méfaits et autres incartades dont Kevin est responsable depuis des mois et combien il rend la vie impossible à ses proches. En conséquence, le père de Kevin n’est plus d’accord pour que son fils aille en vacances mais il demande à sa mère de trouver une solution. Sinon il interdira tout simplement à Kevin de partir en vacances.

 


La réaction de l’Allemagne, le Royaume-Uni et de la France
Nous, chefs d’État et de gouvernement de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni, prenons note de la décision prise par le Président Trump de ne pas recertifier, devant le Congrès, le respect par l’Iran du Plan d’action global commun et nous sommes préoccupés par les implications qui pourraient en résulter.

Nous restons fermement attachés au Plan d’action global commun et à sa mise en œuvre totale par toutes les Parties. La préservation du Plan d’action est dans notre intérêt de sécurité nationale partagé. L’accord nucléaire a été l’aboutissement de 13 années de diplomatie et a constitué une avancée majeure pour faire en sorte que le programme nucléaire iranien ne soit pas détourné à des fins militaires. Le Plan d’action global commun a été entériné à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations Unies dans la résolution 2231. L’Agence internationale de l’énergie atomique a confirmé de façon répétée, grâce à son programme de vérification et de suivi à long terme, que l’Iran se conformait au Plan d’action. Par conséquent, nous encourageons l’Administration et le Congrès américains à prendre en compte les implications que leur décision aurait pour la sécurité des Etats-Unis et de leurs alliés, avant de prendre toute mesure susceptible de porter atteinte au Plan d’action – par exemple la réimposition envers l’Iran de sanctions levées en vertu de l’accord.

Tout en œuvrant pour préserver le Plan d’action, nous partageons des préoccupations quant au programme de missiles balistiques de l’Iran et à ses activités dans la région, qui affectent également nos intérêts de sécurité européens. Nous sommes prêts à prendre de nouvelles mesures adéquates pour traiter ces questions, en étroite coopération avec les États-Unis et tous les partenaires concernés. Nous attendons de l’Iran qu’il s’engage dans un dialogue constructif pour cesser les actions de déstabilisation et œuvrer en vue de solutions négociées.

Nos gouvernements ont pris l’engagement de veiller au maintien du Plan d’action global commun. Indépendamment, nous devons faire en sorte que nos préoccupations collectives plus larges soient prises en compte.


 

 


Pendant les travaux du Congrès américain, l’accord continue

L’Elysée a publié le communiqué après la décision de Donald Trump de ne pas certifier l’accord avec l’Iran, Emmanuel Macron s’est entretenu avec son homologue iranien. Au cours de cet échange téléphonique, Emmanuel Macron rappelé que les décisions attendues des États-Unis ne mettraient pas fin à l’accord sur le nucléaire iranien, et qu’avec l’ensemble des parties la France et ses partenaires européens continueraient à mettre en œuvre leurs engagements.

Le Président français a rappelé trois conditions pour poursuivre dans les prochains mois les ambitions du Plan d’action global commun (JCPoA) conclu à Vienne :
– le strict respect des stipulations de l’accord nucléaire ;
– la possibilité pour l’Iran de bénéficier des avantages économiques permis par l’accord ;
– le dialogue et les progrès sur des sujets qui ne relèvent pas de l’accord de 2015, mais qui sont fondamentaux dans le contexte stratégique actuel, en particulier les préoccupations liées au programme balistique iranien et les questions de sécurité régionale.

Le Président Rohani a, au cours de cet échange, apporté l’assurance que l’Iran continuerait à mettre en œuvre ses engagements au titre du Plan d’action global commun, en particulier dans le cadre de la coopération avec l’AIEA.


 

14 octobre 2017 Posted by | Général | Laisser un commentaire

Porto Rico : je t’aime, moi non plus !

Hier

Aujourd’hui

Contradiction ? Quelle contradiction ?

13 octobre 2017 Posted by | Général | Laisser un commentaire

Faut-il soumettre Donald Trump au Litmus Test ?

Il n’y a pas de folie, il n’y a que des preuves de folies pourrait-on écrire en paraphrasant la fameuse citation sur l’amour et en l’appliquant à Donald Trump. Il est vrai que les exemples qui pourraient pousser à un tel jugement sont légion ces derniers jours.

Il y a eu l’épisode avec Rex Tillerson, son ministre des affaires étrangères. Lors d’une réunion au sommet cet été réunissant des membres éminents de la Défense américaine, Donald Trump aurait demandé à ce qu’on multiplie par dix le force de frappe nucléaire. Cela même après que les généraux lui ont expliqué que l’arsenal s’était réduit suite à différents accords – Salt, Start et autres – tout lui affirmant que la force de frappe actuelle était nettement supérieure à ce qu’elle avait été lorsque le nombre de têtes nucléaires était à son maximum dans les années 60. A la suite de cette réunion, Rex Tillerson aurait dit en aparté que Donald Trump était un « moron » (stupide en plus fort).

L’affaire qui a été révélée par chaine NBC il y a quelques jours aurait mis Donald Trump dans un état de transe avancée. Dans une conférence de presse qui a suivi, Rex Tillerson n’a pas démenti explicitement qu’il avait utilisé ce mot. Et de son côté Donald Trump a affirmé que son Secrétaire d’état n’avait pas utilisé ce mot mais que s’il l’avait utilisé alors il faudrait passer un test de QI et qu’on saurait rapidement qui gagnerait. On est dans la stratosphère conceptuelle. Plus récemment, Donald Trump a établi l’équivalence entre NBC et CNN en matière de Fake News et lancé l’idée que la FCC pourrait suspendre la licence d’exploitation de la chaîne. Donald Trump avait également tweeté que son secrétaire d’Etat perdait son temps avec le leader coréen, baptisé de « Little Rocket Man ».

Il y a eu en parallèle, l’épisode avec Bob Corker qui était un soutien de Trump et qui avait même été pressenti comme ministre des affaires étrangères. Mais depuis, le sénateur du Tennessee a pris ses distances avec le président. Cet été déjà il avait indiqué que Donald Trump n’avait pas démontré les qualités d’un président. Et ces derniers jours, il a appuyé le propos en déclarant que les adultes de la Maison Blanche (Tillerson, Mattis et Kelly) séparaient les Etats-Unis du chaos et il a manifesté son inquiétude sur la possibilité que les errements de Donald Trump pourraient conduire à la troisième guerre mondiale.

Apostrophant Bob Corker comme Liddle’ Bon Corker (attention à la différence subtile avec Little Marco Rubio, deux d et non deux t) faisant référence à sa petite taille (Donald Trump a pour habitude de se moquer de l’apparence physique de ceux qui le critiquent), il a indiqué que ce dernier avait sollicité son soutien dans l’élection sénatoriale de novembre 2018. Donald Trump lui a refusé et donc Bob Corker ne se représentera pas. Sauf que tout le monde sait que c’est faux. Affirmant en plus que Bob Corker avait soutenu l’accord avec l’Iran alors que ce dernier a voté contre. Bob Corker ne s’est pas gêné pour dire que la Maison Blanche était une halte-garderie où l’équipe des garde-d’enfants n’était pas passé.

Bob Corker ne fait que dire tout haut ce que nombre de sénateurs pensent tout bas mais gardent pour eux en attendant de savoir comment les prochaines élections se profilent (leurs électeurs potentiels soutiendront-ils ou non Donald Trump quelques mois avant l’élection ?)

Après ses déclarations déplacées sur la catastrophe naturelle intervenue à Porto Rico (We love Puueeertoooo Ricooooooooooo avait-il dit lors de l’un de ses discours), Donald Trump vient de menacer de suspendre l’assistance fournie actuellement à l’île. Lorsqu’on écoute ses discours sur cette question, il ressort assez clairement que dans son esprit Porto Rico ne fait pas vraiment parti des Etats-Unis et que ses habitants ne sont que des citoyens de seconde zone.

Ce chaos à la Maison Blanche a été confirmé une nouvelle fois par un article de Vanity Fair qui s’appuie sur le témoignage d’une demi-douzaine de Républicains et de conseillers de Trump (“I Hate Everyone in the White House!”: Trump Seethes as Advisers Fear the President Is “Unraveling”).

Autre décision, Donald Trump vient d’annoncer que les Etats-Unis se retiraient de l’Unesco en raison de ses positions anti-israéliennes. Décision symbolique sans grande conséquence car les Etats-Unis ne contribuent plus financièrement depuis 2011.

Ces événements sont presque anecdotiques quant aux conséquences possibles par rapport aux questions iranienne et nord-coréenne. Concernant la Corée du Nord, Donald Trump a posté un tweet troublant indiquant qu’avec ce pays, il n’y a qu’une chose qui marche sans préciser de quoi il s’agissait. Concernant l’Iran, il semble déterminé à dénoncer l’accord multilatéral sur le nucléaire contre l’avis de ses ministres. Ensuite ce sera au Congrès de gérer la pagaille qu’il aura créée.

Tout ceci pourrait être comique jusqu’à ce que l’on pense que Donald Trump peut, à tous moments, appuyer sur le bouton et déclencher le feu nucléaire quatre minutes et quelques plus tard.

Dans son livre Forfaiture à la Maison Blanche, Theodore White décrit minutieusement le déroulement du Watergate dont on sait qu’il a abouti à la démission de Richard Nixon. Quelques jours avant cette décision, Richard Nixon semblait avoir perdu toute sa raison s’accrochant désespérément à son fauteuil. Il avait développé la théorie du mad man pour faire croire à ses adversaires qui serait prêt à tout. Mais dans ces derniers jours, la raison avait cédé la place à la passion. Au point d’inquiéter son entourage proche.

Theodore White écrit : « Le Pentagone, qui est en première ligne, est toujours prêt à agir. Pendant cette semaine, la flotte de Méditerranée est en état d’alerte, surveillant la crise de Chypre. Mais ce soir-là (le 5 août 1974), l’alerte a été données à l’intérieur aussi ? Le ministre de la Défense, James Schlesinger, a prévenu tous les chefs militaires de n’obéir à aucun ordre direct venant de la Maison Blanche, ou de qui que ce soit, sans son contreseing personnel ».

Certains commentateurs ont déjà fait allusion à une possible neutralisation de Donald Trump par les membres de son cabinet de premier rang. A l’émission The Last Word de Lawrence O’Donnell, David Frum, journaliste au magazine The Atlantic et ancien rédacteur de discours de George W. Bush, parle même de coup d’état déplorant que cela n’est pas constitutionnel mais permettant d’éviter le pire.

Selon le New York Times, le Congrès réfléchit à la possibilité d’une loi empêchant de lancer une frappe nucléaire sans que le Congrès ait déclaré la guerre (une décision qui lui revient). Une loi pouvant être renforcée en incluant aussi le ministre de la Défense et des affaires Etrangères dans la boucle.

La stratégie « American First » n’aurait-elle pas tendance à se transformer en « America Only » voire « America Against All » ?

12 octobre 2017 Posted by | Général | Laisser un commentaire

Une Amérique plus divisée que jamais

Les Etats désunis d’Amérique, le titre du dossier spécial publié en 2016 par la revue Esprit n’a jamais été aussi vrai si l’on en croit une enquête que vient de publier l’institut Pew Research Center. Et les différences de point de vue sur des sujets de société – la place du gouvernement, la question raciale, l’immigration, la sécurité nationale, l’environnement… – A savoir que l’écart de position entre les démocrates et les républicains sur ces sujets s’est considérablement accentué. Ces différences en fonction de la ligne partisane sont devenues beaucoup plus explicatives que d’autres dimensions comme le genre, la race, la religion ou l’éducation.

Il ne s’agit pas ici d’un sondage qui serait seulement une photographie de la société américaine à un instant donné. Le Pew Research Center interroge les Américains sur les mêmes sujets et avec les mêmes méthodes depuis 1994. Pour prendre une image médicale, il ne s’agit donc pas de prendre un électrocardiogramme mais plutôt un holter cardiaque qui ausculte sur une période déterminée. Et là la période d’analyse porte sur près d’un quart de siècle.

En 1994, Bill Clinton est président des Etats-Unis depuis janvier 1993 et les premiers mois de son mandat son plutôt mouvementés. D’ailleurs les élections midterms figurent dans les annales des défaites le plus cuisantes. Newt Gingrinch sera Speaker de la Chambre et l’opposant principal de Bill Clinton. Mais il perdra la bataille et Bill Clinton finira son deuxième mandat avec un bilan économique positif.

Le Gouvernement est source de critique, de suspicion chez beaucoup d’Américains, démocrates comme républicains. Quel doit-être son rôle, notamment vis-à-vis des plus démunis. Evidemment, ce rôle est souvent contraire à la doxa la plus courante selon laquelle l’individu doit être tenu responsable de ses actes. Le Gouvernement doit-il aider ceux qui en auraient besoin, les classes les plus défavorisées ? Cette question se double de la question raciale car le nombre des démunis est beaucoup élevés chez les Noirs que chez les Blancs. En 1994, 58 % des démocrates pensaient que le Gouvernement devait aider les nécessiteux, ils sont aujourd’hui 71 %. La crise de 2008 est passée par là. Les Républicains ont évolué dans un mouvement inverse : ils étaient 38 %, ils ne sont plus que 24 %. La crise de 2008 est passée par là. Les républicains ne croient pas à ce qu’ils appellent l’ingénierie sociale. Le différentiel a donc considérablement augmenté en passant de 20 à 47 %. Et cela alors que les inégalités se sont largement creusées : les pauvres sont plus pauvres et les riches plus riches.

Avec l’élection d’un président Noir, on pensait que les Etats-Unis étaient entrés dans une période post-raciale. Même si celui qui sera son successeur s’est appliqué pendant près de six ans à mettre en doute sa légitimité au prétexte qu’il ne serait pas né aux Etats-Unis. Cette attaque persistante n’en cachait-elle pas une autre lié à la différence raciale et tout simplement à un sentiment raciste. Le sentiment de discrimination raciale est partagé par 41 % des Américains qui pensent que les Noirs ne peuvent prendre l’ascenseur social à cause de leur couleur de peau. Mais cette moyenne cache en fait une disparité béante : 64 % chez les démocrates et seulement 14 % chez les républicains. Pour ces derniers, les Noirs sont donc les principaux responsables de leurs propres malheurs.

Sur l’immigration, la situation est un peu différente et un peu plus positive. On le sait, les Etats-Unis se sont construits par l’immigration. Mais le mouvement avait eu un coup d’arrêt dans les années 20 pour être relancé par Lyndon Johnson dans les années 60. A partir des années 80, la principale source d’immigration est issue d’Amérique Latine, principalement le Mexique. Même si le solde avec ce pays est négatif depuis quelques années. Les immigrés des autres pays au sud du Mexique passent néanmoins par ce pays pour venir aux Etats-Unis. Et puis, Donald Trump est arrivé avec ces déclarations infamantes selon laquelle ce ne sont pas les meilleurs qui viennent aux Etats-Unis et les traitant de violeurs. Et pourtant, depuis 1994, la perception de l’immigration s’est améliorée : 32 % pensent que les immigrés renforcent la nation américaine de leur talent et de leur travail, ils sont 84 % aujourd’hui. Et les républicains étaient 30 %, ils sont aujourd’hui 42 %.

Enfin sur le meilleur moyen de garantir la paix. Pour Donald Trump, il semblerait que, dans certains cas, un seul moyen fonctionne. Pour la majorité des américains (61 %), c’est la diplomatie. La position des Républicains et des Démocrates diverge aussi fortement sur ce point : 33 % chez les démocrates et 83 % chez les démocrates.

Bref, la fracture des Etats-Unis en deux pays qui se côtoient mais se méfient de plus en plus l’un de l’autre.

11 octobre 2017 Posted by | Général | Laisser un commentaire

Great America! : Bientôt dans les rayons !

9 octobre 2017 Posted by | A lire | Laisser un commentaire