maison blanche

La nouvelle donne

Enquête Mueller : une influence russe bien réelle

Si l’on ne tient pas compte des « petits » candidats, trois équipes de campagne ont participé aux élections présidentielles de 2016 : les démocrates, les républicains et les Russes. C’est ce qu’on peut indiscutablement affirmer après l’inculpation de 13 citoyens et trois entreprises, tous russes, suite à l’enquête du procureur Bob Mueller chargé de l’enquête.

Le Grand Jury du District of Columbia mis en place par l’équipe de Bob Mueller a publié vendredi un document de 37 pages[1] qui, bien qu’il ne couvre qu’une petite partie de l’affaire russe, est une véritable bombe : les russes orchestrés par leur gouvernement dirigé par leur chef a interféré dans les élections de 2016, pour favoriser Donald Trump, nuire à Hillary Clinton et accessoirement favoriser Jill Stein, la candidate verte, et Bernie Sanders, concurrent d’Hillary Clinton dans la primaire démocrate.

Defendants’ operations included supporting the presidential campaign of then-candidate Donald J. Trump (“Trump Campaign”) and disparaging Hillary Clinton.

Avec comme objectif ultime, faire élire Donald Trump et faire battre Hillary Clinton. Les deux n’étant pas nécessairement les deux faces d’une même pièce. Car il semblerait que dans l’offensive contre Hillary Clinton, Vladimir Poutine visait deux objectifs ; personne et politique. Le document ne précise pas explicitement que Vladimir Poutine était le décisionnaire ultime de cette opération inédite mais les agences de renseignement se sont déjà prononcées sur ce point.

Le document ne couvre pas les sujets de l’hacking contre les démocrates ni la question de la possible entrave à la justice. Il fait bien mention du mot conspiration mais il n’aborde pas la question de la participation active des membres de l’équipe de campagne de Donald Trump. Même s’il mentionne les nombreux points de contacts entre des deux parties.

The conspiracy had as its object impairing, obstructing, and defeating the lawful governmental functions of the United States by dishonest means in order to enable the Defendants to interfere with U.S. political and electoral processes, including the 2016 U.S. presidential election.

Au-delà de l’influence sur le résultat des élections, l’offensive russe avait un objectif plus profond : promouvoir la discorde et le doute dans les esprits des citoyens américains et discréditer la démocratie. Sur le premier point comme sur le second, il semblerait qu’elle ait réussi. Il suffit pour s’en convaincre d’observer les débats dans les médias depuis l’élection de Donald Trump. Et avec un président qui ne croit pas dans les faits et pratique le mensonge à un niveau jamais atteint, elle a trouvé un allié objectif.

FECA [The Federal Election Commission is a federal agency that administers the Federal Election Campaign Act (“FECA”)]prohibits foreign nationals from making any contributions, expenditures, independent expenditures, or disbursements for electioneering communications. FECA also requires that individuals or entities who make certain independent expenditures in federal elections report those expenditures to the Federal Election Commission.

« L’équipe de campagne russe » a fait preuve d’un professionnalisme avancé. Il s’agit d’une véritable guerre mais avec l’avantage qu’elle se situe dans le cyberespace, là où il est très difficile de détecter qui sont ses ennemis. Les hackers russes ne portent pas d’uniformes. Et ils sont encore plus difficiles à détecter lorsqu’ils se dissimulent sous de fausses identités américaines (on comprend ici l’utilisation évidente des vols d’identité qui interviennent régulièrement et concerne des millions de citoyens américains).

Son action commence activement en 2014, deux ans les élections. Le document donne des détails extrêmement précis (dates, noms, lieux, opérations…) comme pour donner l’impression que l’équipe de Bob Mueller en a encore beaucoup en réserve. Elle pourrait bien ainsi tester les réactions de la garde rapprochée de Donald Trump comment elle réagit et éventuellement moissonner des arguments pouvant être très utile à la suite de l’enquête.

Dire que l’organisation (nom donné à l’ensemble des parties impliquées dans cette affaire) a fait campagne n’est pas abusif ; création de fausses identités (militants chrétiens, anti-immigrations, supporters du mouvement Black Live Matters…), interactions avec des citoyens américains, organisation de réunions politiques, diffusion d’informations (vraies et fausses) via les réseaux sociaux sur des sujets particulièrement sensibles tels que l’immigration, la religion, les relations raciales, dans les Etats qui peuvent faire basculer l’élection comme le Colorado, la Virginie, la Floride, le Nouveau Mexique, le Nevada. Avec parfois des messages simples mais percutants : “Hillary is a Satan, and her crimes and lies had proved just how evil she is”. Un membre de Facebook sous le pseudo de Matt Skiber a lancé un message sans ambiguïté : “If we lose Florida, we lose America. We can’t let it happen, right? What about organizing a YUGE pro-Trump flash mob in every Florida town?”


Réunions mise en place par l’organisation

  •     June 25: March for Trump New York
  •     July 9: Support Hillary. Save American Muslims Washington, D.C.
  •     July 23: Down with Hillary New York
  •     Aug. 20: Florida Goes Trump several Florida cities
  •     Oct. 2: Miners for Trump several Pennsylvania cities
  •     Nov. 12: Show your support for President-Elect Donald Trump New York
  •     Nov. 12: Trump is NOT my President New York
  •     Nov. 19: Charlotte Against Trump Charlotte, N.C.

La présentation publique devant les médias de Rod Rosenstein est une initiative assez claire pour empêcher Donald Trump de poursuivre dans son idée de le démettre de ses fonctions pour ensuite démissionner Bob Mueller. Car selon Carl Bernstein sur CNN, Donald Trump discutait encore cette semaine d’une telle hypothèse. Le faire maintenant, alors que des informations aussi graves sont désormais publiques, serait simplement suicidaire. Ce qui ne signifie pas que cela n’arrivera pas. Qui ne prend pas de mauvaises décisions dans des périodes d’affolement ? En briefant le président sur l’avancement de cette enquête et en l’annonçant publiquement devant les médias, Rod Rosenstein a souscrit sa propre police d’assurance.

Suite à la publication de ce document, Donald Trump aurait pu, en tant que Commander in chief ayant solennellement déclaré « preserve, protect and defend the Constitution of the United States » prendre la mesure de l’événement. Mais sa principale préoccupation est tout simplement Donald Trump. Car affirmer une quelconque influence russe sur le résultat des élections revient à mettre en évidence son illégitimité. Sans parler de la possible collusion. Dans son premier tweet suivant la publication du document, le président a réaffirmé qu’il n’y avait pas de collusion. Donc on est rassuré.

Dans un message officiel publié peu après, la Maison-Blanche a réaffirmé qu’il n’y avait pas de collusion tout en précisant que les Américains devaient d’unir face à l’adversité. On n’est jamais trop prudent.

En novembre dernier, la Maison-Blanche déclarait à qui voulait l’entendre que l’enquête de Bob Mueller touchait à sa fin. Il semblerait au contraire qu’on n’en soit qu’au tout début.

Statement from the Press Secretary Regarding the Russia Indictments

Earlier today, Deputy Attorney General Rod Rosenstein announced indictments against 13 Russian nationals and 3 Russian entities for meddling in the 2016 Presidential election, which began in 2014 before the President declared his candidacy. President Donald J. Trump has been fully briefed on this matter and is glad to see the Special Counsel’s investigation further indicates—that there was NO COLLUSION between the Trump campaign and Russia and that the outcome of the election was not changed or affected.

President Trump says, “it is more important than ever before to come together as Americans. We cannot allow those seeking to sow confusion, discord, and rancor to be successful. It’s time we stop the outlandish partisan attacks, wild and false allegations, and far-fetched theories, which only serve to further the agendas of bad actors, like Russia, and do nothing to protect the principles of our institutions. We must unite as Americans to protect the integrity of our democracy and our elections.”

[1] UNITED STATES OF AMERICA v. INTERNET RESEARCH AGENCY LLC A/K/A MEDIASINTEZ LLC A/K/A GLAVSET LLC A/K/A MIXINFO LLC A/K/A AZIMUT LLC A/K/A NOVINFO LLC, CONCORD MANAGEMENT AND CONSULTING LLC, CONCORD CATERING, YEVGENIY VIKTOROVICH PRIGOZHIN, MIKHAIL IVANOVICH BYSTROV, MIKHAIL LEONIDOVICH BURCHIK A/K/A MIKHAIL ABRAMOV, ALEKSANDRA YURYEVNA KRYLOVA, ANNA VLADISLAVOVNA BOGACHEVA, SERGEY PAVLOVICH POLOZOV, MARIA ANATOLYEVNA BOVDA A/K/A MARIA ANATOLYEVNA BELYAEVA, ROBERT SERGEYEVICH BOVDA, DZHEYKHUN NASIMI OGLY ASLANOV A/K/A JAYHOON ASLANOV A/K/A JAY ASLANOV, VADIM VLADIMIROVICH PODKOPAEV, GLEB IGOREVICH VASILCHENKO, IRINA VIKTOROVNA KAVERZINA, and VLADIMIR VENKOV.

 

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17 février 2018 Posted by | Elections 2016 | Laisser un commentaire

Pour un retour aux fondamentaux : Un citoyen, une voix

Sur les trois derniers présidents, deux candidats républicains – George W. Bush et Donald Trump – ont été élus alors qu’ils ont recueilli moins de voix populaires que leur concurrent. Une anomalie qui remet en cause le principe d’égalité – 1 citoyen, 1 voix – et qui est la conséquence d’un système d’élection indirect. Etant donné la configuration électorale des Etats – Etats Républicains, Etats Démocrates, Swing States – cette situation devrait être amenée à se reproduire dans les prochaines élections. Ajouté à l’influence croissante de l’argent dans les campagnes électorales depuis l’arrêt Citizen United et l’implication des puissances étrangères – la Russie au premier rang – cela abime considérablement l’idée même de démocratie.

Mais cette bizarrerie selon laquelle un président peut être élu en étant minoritaire n’a pas toujours existée. Elle est la conséquence de la règle « The winner takes all » (What Is The Winner-Takes-All Rule In The Presidential Election? It’s Steeped In Controversy) appliquée dans presque tous les états selon laquelle la totalité des Grands électeurs d’un état est attribuée au candidat vainqueur.

The winner takes it all
The loser standing small
Beside the victory
That’s her destiny

The winner takes it all
The loser has to fall
It’s simple and it’s plain
Why should I complain

ABBA – 1980

Cette règle n’était pas prévue dans la Constitution (Ce qui n’empêchent pas certains de s’y réfèrent pour freiner tout changement). Elle a été appliquée pour la première fois en 1824 lors de l’élection très contestée de John Quincy Adams alors qu’il était opposé à 4 autres candidats. Alors qu’il n’avait pas la majorité des voix ni des Grands électeurs, il a été élu par la Chambre des Représentants aux dépens d’Andrew Jackson. Ce dernier prendra largement sa revanche quatre ans plus tard au détriment du même John Quincy Adams.

Pour corriger cette aberration, il y a trois moyens (voir interview ci-dessous de Larry Lessig, professeur de droit à l’Université de Harvard et candidat malheureux à la dernière élection présidentielle. La première est d’amender la constitution. Mais c’est là une entreprise plus difficile que les 12 travaux d’Hercule.

La seconde est liée à l’initiative National Popular vote (Elire le président à la majorité des voix populaires). Le principe est simple : au lieu d’attribuer leur voix à celui des candidats qui a gagné dans leur état selon la règle du Winner takes all, ils la donnent à celui qui a remporté le vote populaire au niveau national. Les avantages de ce mode de scrutin sont qu’il ne remet pas en cause le collège électoral, élit toujours le candidat qui a le plus de voix populaire et ne nécessite pas d’amender la Constitution. Elle a déjà recueilli l’adhésion de 10 états et du District of Columbia représentant 165 Grands Electeurs. Mais les Etats républicains et même les Swing States n’ont pas beaucoup d’intérêt à adhérer à ce système. Les premiers cas elle joue en leur défaveur, les seconds car elle supprime cette position d’arbitre jouée tous les quatre ans.

La troisième est d’engager une bataille juridique comme les Américains les aiment et plus précisément deux procès : dans un état solidement démocrate au nom des électeurs républicains de cet état et dans un état fortement républicain au nom des électeurs démocrates au nom de cet état Au motif que leurs voix ne sont finalement pas pris en compte dans le résultat final (Equal Citizens Launches “Equal Votes” Campaign to Make Presidential Elections More Democratic ~ Will sue to change how states allot Electoral College votes ~). Larry Lessing a créé l’association Equal Citizens pour engager cette bataille : tous les citoyens sont égaux et leur vote doit l’être aussi. Equal Citizens milite aussi sur réforme radicalement sur le rapport entre argent et politique et en promouvant le financement public des campagnes. Larry Lessig rappelle que les Sénateurs ou les Représentants passent en moyenne entre 50 et 50 % de leur temps à collecter de l’argent pour financer leur campagne. Une activité inutile qui a en outre l’inconvénient de subordonner les hommes politiques à leurs « gentils » donateurs.

L’objectif avec cette initiative est de faire remonter le cas jusqu’à la Cour Suprême suffisamment à temps pour modifier les règles de l’élection de 2020. C’est donc une bataille engagée sur un terrain juridique et non politique. Seul terrain sur lequel, elle a la moindre chance de gagner.

Au passage, Equal Citizens a lancé une action en justice contre le Secrétaire d’Etat du Colorado Wayne Williams pour violation des droits civiques des Grands électeurs. Lors de la dernière élection, Wayne Williams les avait menacés deux grands Electeurs s’ils votaient en leur âme et conscience et non comme l’usage le veut c’est-à-dire en fonction de la majorité des votes populaires. On se souvient d’ailleurs que sept Grands Electeurs baptisés « faithless » n’ont pas voté pour le candidat ayant gagné les voix populaires.

17 novembre 2017 Posted by | Elections 2016 | Laisser un commentaire

Des primaires démocrates volées !

Hillary Clinton a perdu l’élection de 2016 mais va-t-elle aussi faire perdre celle de son (ou sa) successeur ? La question mérite d’être posée. Le livre de Donna Brazil qui doit être publié mardi prochain et dont le magazine Politico (Inside Hillary Clinton’s Secret Takeover of the DNC) a publié quelques bonnes (en fait accablantes pour la candidate) feuilles donne des réponses très encombrantes. Donna Brazil a été présidente par intérim du parti démocrate de Juillet 2016 à février 2017, en remplaçant Debbie Wasserman Schultz.  Cette dernière avait été co-directrice de campagne d’Hillary Clinton dans la primaire de 2008 où elle avait perdue face à Barack Obama.

Dans sa fonction, la directrice du parti, qu’il soit démocrate ou républicain, doit rester neutre pendant les primaires qui doivent restées ouvertes. Quand le président en place se représente et qu’il n’a pas de concurrent, la question ne se pose pas.

Debbie Wasserman Schultz avait démissionné car elle avait favorisé Hillary Clinton pendant la Primaire. L’affaire avait transpirée dans la presse mais n’avait pas empêché Hillary Clinton d’aller jusqu’au bout. Une fois la primaire gagnée, les démocrates n’avaient trop le choix et devaient soutenir leur candidat. Bernie Sanders a joué le jeu mais lors de la Convention démocrate à Philadelphie on n’avait pas senti un grand enthousiasme. Et chez les soutiens, l’enthousiasme était nettement moins fort ce qui s’est manifesté dans un report pas aussi massif qu’espéré coutant sans doute la victoire à Hillary Clinton.

Dans son livre, Donna Brazil explique le mécanisme qui a été mis en place par l’équipe Clinton. Au moment des primaires, le parti démocrate a de gros problèmes financiers en raison du manque de dynamise de Debbie Wasserman Schultz à collecter des fonds et aussi « en raison de la négligence de Barack Obama ». De son côté, Hillary Clinton avait réussi, elle, à lever des fonds importants. Elle a alors proposé d’aider financièrement le parti mais en échange d’en prendre le contrôle, en total opposition avec les règles éthiques des Primaires.

Donna Brazil explique qu’en prenant la direction du parti, elle s’engage à dire la vérité sur ces agissements à Bernie Sanders si elle arrive à trouver des preuves. Et ces preuves, elle les trouvera en mettant la main sur un document « Joint Fund Raising Agreement » signé entre l’équipe de campagne d’Hillary Clinton et le Parti démocrate qui définit les termes de cet accord. Un accord signé peu après qu’Hillary Clinton avait déclaré sa candidature et bien avant qu’elle gagne la primaire.

Pour Donna Brazil, « The funding arrangement with HFA and the victory fund agreement was not illegal, but it sure looked unethical ». C’est le moins qu’on puisse dire. Elle raconte ensuite comment elle essaye de convaincre Bernie Sanders de soutenir sa concurrente :

« I urged Bernie to work as hard as he could to bring his supporters into the fold with Hillary, and to campaign with all the heart and hope he could muster. He might find some of her positions too centrist, and her coziness with the financial elites distasteful, but he knew and I knew that the alternative was a person who would put the very future of the country in peril. I knew he heard me. I knew he agreed with me, but I never in my life had felt so tiny and powerless as I did making that call ».

On comprend assez facilement pourquoi Bernie Sanders a eu avoir quelques difficultés à s’y appliquer. Questionnée sur le sujet, Elizabeth Warren a indiqué qu’elle était convaincue que la primaire avait été truquée. La lecture de ces quelques feuilles est franchement déprimante, voire démoralisante. Les preuves apportées auront des effets sur le parti démocrate encore difficiles à mesurer.

Bien entendu, les républicains se sont frotter les mains, Donald Trump a largement activé sa machine à tweets.

3 novembre 2017 Posted by | Elections 2016 | Laisser un commentaire

Un train peut en cacher un autre

On avait vu arriver l’inculpation de plusieurs responsables de l’entourage de Donald Trump. Il n’y a donc pas eu beaucoup de surprise avec la mise en cause de Paul Manafort et de Rick Gates. Mais l’inculpation de George Papadopoulos ce même jour a, elle, été un coup de théâtre pour tous les médias. Celui dont le nom évoque plutôt une aventure de Tintin, est devenu tout d’un coup au centre de l’attention.

Le conseiller de l’équipe de campagne du candidat Donald Trump collabore avec le FBI après de fausses déclarations après son arrestation le 27 juillet dernier à l’aéroport de Dulles à Washington.

En avril 2016, un professeur russe proche du gouvernement de son pays aurait informé George Papadopoulos avoir des informations sur la candidate Hillary Clinton provenant des milliers d’emails volés. Plusieurs responsables de la campagne de Donald Trump l’auraient encouragé de collecter ces informations et féliciter de le faire. Cet échange est évidemment à rapprocher de la fameuse réunion qui a eu lieu en juin 2016 dans la Trump Tower avec l’avocate russe, Paul Manafort, Jared Kushner et Donald Trump Junior.

S’il est encore difficile de tirer des conclusions sur ce nouvel élément, totalement imprévu, il est clair qu’il alourdit la barque de la collusion.

Lors de sa conférence de presse de ce jour, Sarah Sanders Huckabee, la porte-parole de la Maison Blanche, avait deux missions. D’abord, affirmer haut et fort que l’inculpation de Paul Manafort et de Rick Gates est totalement étrangère à Donald Trump. Ensuite, diminuer autant que faire se peut le rôle de George Papadopoulos, présenté comme un bénévole de troisième niveau de la campagne seul responsable de ses agissements et ne pouvant en aucun cas jeter le discrédit sur l’équipe Trump et son patron. Elle s’en parfaitement tirée mais sans convaincre personne.

30 octobre 2017 Posted by | Elections 2016 | Laisser un commentaire

Follow the money !

On se souvient que le FBI avait réussi à coincer Al Capone pour de « simples » malversations comptables et non pour tous les crimes qu’il avait pu commettre. A chaque investigation criminelle, c’est l’expression « Follow the money » qui ressort régulièrement. Ce fut l’expression vedette du film « Les hommes du président » qui relatait le scandale du Watergate. A nouveau, l’expression se révélera peut-être le principe actif de l’enquête en cours sur l’influence de la Russie sur les élections de 2016.

Pour l’heure, deux personnes, Paul Manafort et Rick Gates, viennent d’être inculpés notamment pour fraude fiscale, blanchiment d’argent et conspiration avec un pays étranger. C’est donc une étape importante qui vient d’être franchie dans l’enquête menée par Bon Mueller. Pour l’instant, elle ne met pas en cause directement l’équipe de campagne et ne conclut pas à une possible collusion avec la Russie mais elle n’infirme pas le contraire, loin de là. C’est évidemment très embêtant pour Donald Trump. Car cette inculpation n’est pas la fin d’un processus mais plutôt le début.

En tous cas, on peut faire crédit à Donald Trump sur sa constance à dire et redire qu’il n’y avait aucune collusion entre son équipe de campagne et la Russie. On a du mal à imaginer qu’il ait pu dire le contraire. Mais depuis quelques jours, on sentait une certaine fébrilité chez le président qui s’est accentuée depuis l’information publiée vendredi dernier selon laquelle Bob Mueller avait obtenu une inculpation d’un « Grand Jury » dont l’annonce devait être faite ce matin.

Bizarrement, le mot collusion a été utilisé par Donald Trump pour dénoncer l’accord entre Ted Cruz et John Kasich censé lui barrer la route vers la nomination.

A partir de mai 2017, Donald Trump a essayé de tirer parti de la moindre déclaration pour répéter qu’il n’y avait pas de collusion : « il n’y a aucune évidence qu’il y a collusion » se transformant immédiatement en « il est clair qu’il n’y a pas collusion ».  Et chaque fois que des informations pour le moins troublantes sont sorties, Donald Trump a fait marcher la machine à tweet à plein régime.

Ces derniers jours, dans un effort concerté pour détourner l’attention, Donald Trump et ses soutiens ont essayé de faire porter le chapeau à (Crooked) Hillary, à Barack Obama et cette affaire sur une mine d’uranium et aux démocrates en général.

Maintenant, Donald Trump a le pouvoir d’accorder son pardon (comme il l’a déjà pour le Sheriff Arpiao) et de démettre Bob Mueller via le ministère de la Justice. Mais le prix politique serait sans doute maximal car des telles mesures pourraient, cette fois, lancer la procédure d’Impeachment. Les républicains sont prêts à pardonner beaucoup à leur président mais jusqu’à une certaine limite.

30 octobre 2017 Posted by | Elections 2016 | Laisser un commentaire

La diversion avant l’accusation !

La diversion ou plutôt les diversions.

La première révélation pointe l’équipe de campagne d’Hillary Clinton qui a aidé à financer la constitution du fameux dossier contre Donald Trump mené par l’ex-agent britannique du MI6 spécialisé sur la Russie. Le problème ici est que les démocrates n’ont jamais fait état de cette affaire. Mais c’est ce que tous les spécialistes appellent « opposition research » et que même Donald Trump avait totalement soutenu. Alors que côté républicain, la question est évidemment beaucoup plus grave puisqu’elle ferait état d’une implication des russes dans les élections américaines. Par ailleurs, les démocrates n’auraient pas été les seuls à financer, le financement a commencé par les républicains au moment des primaires sous le label « Never Trump ».

La semaine dernière, Les républicains du Congrès ont rouvert deux enquêtes. La première concerne l’affaire des emails d’Hillary Clinton et le fait que le FBI n’ait pas poursuivi Hillary Clinton dans l’utilisation d’un serveur personnel.

Le seconde concerne une « vieille » affaire remontant à 2013 dans laquelle l’administration aurait approuvé la vente du groupe minier canadien Uranium One à la société Rosatom. Ce groupe aurait fait des dons à la Fondation Clinton. Il aurait eu pour conséquence de donner au russe des stocks d’uranium.

La simultanéité de ces affaires et des derniers développements de l’enquête de Robert Mueller est plus qu’étrange. Les Républicains du Congrès et Donald Trump semble fonctionner la main dans la main.

La mise en accusation

CNN annonçait vendredi que le procureur Robert Mueller, a obtenu d’un « federal grand jury » l’inculpation (first criminal charges) dans l’affaire sur l’influence des autorités russes sur les élections de 2016. C’est donc une étape importante qui va être franchie en tout début de semaine prochaine et une ou plusieurs personnes vont être mise en garde à vue. On ne sait pas encore qui est visé et pour quelles accusations.

Les deux personnes les plus probables sont Paul Manafort, directeur de campagne du candidat Donald Trump et Michael Flynn, ex conseiller à la sécurité nationale contraint à la démission. Mais il pourrait y en avoir d’autres encore plus proches dans l’entourage de Trump. Robert Mueller est sou l’autorité de Rod Rosenstein, numéro deux du DOJ puisque Jeff Sessions, le ministre de la Justice, s’est déchargé de cette affaire. Il est donc assez probable qu’il en est informé Donald Trump sans pourtant lui indiquer qui était visé et pour quelles accusations.

Et Donald Trump n’a pu s’empêcher d’utiliser la boite à tweets pour encore affirmer qu’il n’y avait pas de collusion entre « Russia and Trump ». Et il a répété encore qu’il pouvait suspendre Robert Mueller s’il considérait que l’enquête évoluait dans une direction qui ne lui convient. Légalement, il peut le faire mais politiquement il y aurait un prix à payer. On pourrait bien avoir affaire à un l’équivalent d’un « Saturday night massacre » où Nixon a dû s’y reprendre à trois fois avant de réussir à démissionner Archibald Cox.

En tous cas, cette affaire génère une grande anxiété et une agitation fébrile chez Donald Trump qui s’est déchainé avec des tweets tous azimuts. A signaler ce tweet très étonnant sur la soi-disant culpabilité des démocrates et d’Hillary Clinton qui se termine par DO SOMETHING plutôt difficile à interpréter. Qui doit faire quoi ? Cela semble un mystère.

29 octobre 2017 Posted by | Elections 2016 | Un commentaire

Il y a un an !

« Le pire n’est jamais certain » dit-on couramment. Est-ce-si sûr ? En tous cas, c’était mal connaître la loi de d’Edward A. Murphy qui en énonça le premier le principe qui s’énonce de la manière suivante :

« Tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera nécessairement mal (Anything that can go wrong, will go wrong) »

Mais beaucoup plus inquiétant dans une autre formulation :

« Si ce gars a la moindre possibilité de faire une erreur, il la fera » (If that guy has any way of making a mistake, he will)

Il y a un an, tout le monde ou presque – y compris l’auteur de ce blog – était sûr que Donald Trump ne serait pas élu 45e président des Etats-Unis. Dont Barack Obama

 

Une fois, élu, ci-dessous quelques réactions…

Et depuis, Andrew Sullivan, commentateur politique conservateur donne son avis après un peu plus de neuf mois de présidence. Celui qui avait toujours été très critique vis-à-vis d’Hillary Clinton avait finalement indiqué qu’il voterait pour elle.

29 octobre 2017 Posted by | Elections 2016 | Laisser un commentaire

What Happened

Hillary Clinton pensait vraiment gagner les dernières élections et semble avoir beaucoup de mal à se remettre de cette défaite qui, il faut bien avouer, était tout sauf prévisible. C’est ce qui ressort de la lecture de son livre qui fait aussi état d’une certaine irritation vis-à-vis de Bernie Sanders. Il faut remarquer qu’il n’y a pas de point d’interrogation dans le titre donc l’objet du livre est de raconter ce qui s’est passé plus que de se poser la question de savoir pourquoi l’improbable est arrivé. Car on pourra dire tout ce qu’on veut mais les statistiques et les sondages donnaient Hillary Clinton pendant tout le cycle de l’élection générale c’est-à-dire après que les deux candidats ont accepté la nomination de leur parti respectif, c’est-à-dire en juillet.

Pendant ces trois mois, entre août et novembre 2016, Hillary Clinton a toujours eu une marge d’avance assez confortable sur son opposant. Au final, elle l’a emporté avec trois millions de voix d’avance . C’est le système électoral américain un peu compliqué qui a donné la victoire à Donald Trump. Et ce dernier fait depuis comme s’il avait largement gagné et reste obsédé par « Crooked Hillary » et « Failing Obama ». Il n’est quasiment pas une semaine sans qu’il publié un tweet pour attaquer ou l’autre. Et il ne rate pas une occasion pour en faire un critique en règle sur quelque sujet que ce soit. Par ailleurs, pour faire oublier ces trois millions de voix, Donald Trump n’a pas hésité à affirmer que les défaillances dans les procédures de votes lui avaient coûté trois millions de voies. Trois millions comme par hasard. Bien entendu, les faits réels indiquent le contraire. Il faudrait faire appel aux alternative facts pour corroborer cette hypothèse.

Dans le chapitre « Why », en fin d’ouvrage, Hillary Clinton fait l’inventaire des paramètres qui ont causé sa défaite. Ils sont connus et il n’y a aucune surprise. Dans cette longue liste, la lettre de James Comey et l’influence russe tiennent, à juste titre, une place importante. Indépendamment des qualités des deux candidats – celles d’Hillary sont connues tout autant que ses faiblesses, les qualités de Donald Trump beaucoup moins et restent à découvrir. Espérons que les trois ans à venir sans trouver de réponse permettront de tourner la page.

Barack Obama avait fait naître beaucoup d’espoir que les Etats-Unis avaient plus ou moins normalisé la question raciale. En fait, selon Christopher Parker, professeur de sciences politique de l’Université de Washington, explique qu’en fait Obama a créé une sorte de reflux parmi les électeurs blancs. Il y a également une autre cause qu’Hillary Clinton mentionne mais sur laquelle elle ne s’étend pas trop : les changements de réglementation pour voter.

Un article récent intitulé Rigged: How Voter Suppression Threw Wisconsin to Trump And possibly handed him the whole election publié par le mensuel Mother Jones se penche sur le cas du Wisconsin pour montrer que les restrictions qui ont été imposées quasi exclusivement dans des Etats gouvernés par des Républicains ont joué un rôle majeur et plus important qu’on ne le dit habituellement.

Dans une partie intitulée Voter Suppression (p118), Hillary Clinton évoque assez largement ce facteur et rappelle que la Cour Suprême a défait en 2013 des pans entiers de la loi Voting Right Act de 1965 selon laquelle des Etats du Sud devaient être surveillés sur les procédures mis en œuvre pour le vote. La loi de 1965 s’appliquait a 9 Etats du Sud et six villes ou comtés dans 6 autres états ayant une longue tradition de discrimination dans les procédures de votes.

« It was the worst decisions the court ever made. By 2016, fourteen states had new restrictions on voting, including burdensome ID requirements aimed at weeding our strudents, porr people, the elderly, and people of color. Republicains in many states also limited the number and hours of polling places, curtailed early voting and same-day registration, scrapped language assistance for non-English speakers, and purged large numbers of voters from the rolles, sometimes erroneoussly. Ohio (un des swing states) alone has removed up to two millions voters since 2011 ».

Grace à une majorité de 77 000 voix dans ces trois états,
les 46 Grands Electeurs sont revenus à Donald Trump
et lui ont donné la victoire. S’en sont suivi des analyses très élaborées
sur le fait que les démocrates avaient perdu
le soutien des classes moyennes blanches.
Et si les restrictions de votes n’étaient pas le principal facteur explicatif ?

 « Dans le Wisconsin, where I lost by just 22 748 votes, a study from Priorities USA (Un Super PAC soutenant Hillary Clinton) estimated that the new voter ID law helped reduce turnout by 200 000 votes, primarly from low-income and minority areas » poursuit Hillary Clinton. En 2012, Barack Obama avait remporté le Wisconsin avec un écart de 7 points.

Le Wisconsin est un état très civique connu par une forte participation aux élections. En 2008 et 2012, il se situait en deuxième position des Etats sur ce critère. En 2016, cette participation a fortement chuté suite aux restrictions imposées. Une partie importante de cette baisse (41 000 votants en moins) est intervenue dans la seule ville de Milwaukee (Ville baptisée The Selma of the North dans les années 60), où Clinton a largement gagné (77-18).

Le problème est que le mouvement n’est pas terminé car les Congrès des Etats contrôlés par des Républicains ont voté plus de restrictions en 2017 qu’en 2016 et 2015 réunis. Clairement si la démographie joue en faveur des démocrates, les changements dans les procédures de vote joue largement aux Républicains. La grande différence est dans le premier cas, ce sont les électeurs qui décident de leur avenir alors que dans le second, ce sont les élus qui changent le système afin qu’il leur soit favorable. La démocratie en marche contre la démocratie détournée.

21 octobre 2017 Posted by | Elections 2016 | Laisser un commentaire