maison blanche

La nouvelle donne

Réforme fiscale ! Quelle réforme fiscale ?

Après l’échec du Trumpcare, Donald Trump a besoin d’un réel succès, peut-être pour lui et son égo que pour les Américains. Une pression accentuée par le rapprochement de cette date limite des 100 premiers qui intervient le vendredi 2017.Fidèle à ses habitudes, il a annoncé qu’il présenterait une réforme fiscale au ministère des finances devant des hauts fonctionnaires de cette administration apparemment surpris, y compris le ministre lui-même. Annonce qu’il a bien sûr d’un tweet. Quelle sera donc cette réforme fiscale ? Que l’on ne s’inquiète pas car n’avait-il pas annoncé qu’il connait si bien le système fiscal qu’il peut le réformer à lui seul.

Ce mercredi, le président tiendra donc une conférence de presse pour détailler son projet. Le principe de base est simple : réduire les impôts sur les bénéfices des entreprises, pour éviter qu’elles délocalisent et laissent dormir des bénéfices accumulés au fil des ans dans les paradis fiscaux, et des particuliers, surtout les plus fortunés afin qu’ils puissent investir dans l’économie et créer des emplois. Ça c’est pour la théorie. Le problème est que la baisse des impôts est séduisante pour certains, tout particulièrement pour ceux qui seront directement touchés par ces baisses mais qu’elle aura des conséquences directes sur le déficit et sur la dette.

Sur le premier point, le budget proposé par Donald Trump demande une augmentation du budget de défense de plus de 50 milliards de dollars (environ 9 %) loin d’être compensée par les baisses dans d’autres domaines même si elles sont parfois drastiques. L’agence pour l’environnement (EPA) voit ses dépenses réduites de plus de 30 %.

Quant à la dette, il se trouve que la même semaine de cette réforme fiscale ; Donald Trump va devoir demander au Congrès de voter l’augmentation du plafond de la dette. Celle-ci atteint le montant considérable de 19 000 dollars, un peu plus que le PIB de 2016. Le vote devra être fait jeudi 28 avril.

Lors des précédents épisodes comparables, en 2011 et 2013, le congrès alors à majorité républicaines avait menacé de ne pas la voter en essayant de marchander des coupes budgétaires de la part d’Obama. Un article publié par US News & World Report rappelait récemment les conséquences de ces gesticulations : une perte de 1,3 milliard en 2011 suite à des mauvais emprunts et plusieurs dizaines de millions de dollars en 2013 ainsi qu’une baisse de la note des Etats-Unis de la part des institutions de notation financière, une première. Donald Trump avait alors copieusement critiqué les élus républicains.

Ironie de l’histoire, c’est maintenant lui va devoir engager la démarche et demander aux républicains de voter cette augmentation la même semaine où il va donc présenter sa réforme fiscale et peu après l’échec du « repeal & replace » de l’Obamacare, une opération sensée faire faire des économies. La réforme de la santé était beaucoup plus complexe que ce qu’on pouvait penser avait déclaré Donald Trump en s’adressant aux gouverneurs. La réforme est sans doute plus complexe. C’est ce qu’avait déclaré Steven Mnuchin, le ministre des finances, qui normalement doit savoir ce dont il parle : « la réforme est bien trop compliquée » le même jour où Donald Trump annonçait sa réforme fiscale pour ce mercredi. Mais peut-être n’en a-t-il pas encore conscience. Toujours est-il qu’il devrait être confronté à des républicains adeptes de la rigueur budgétaire qui ne seront pas vraiment convaincus de toutes ces initiatives.

24 avril 2017 Posted by | Général | Laisser un commentaire

Les élections françaises vues des médias américains

Cette année, les élections françaises suscitent un intérêt particulier dans les médias américains. D’abord, elles sont plus difficiles à défricher que par le passé où deux grands partis s’affrontaient, souvent comparés aux démocrates et aux républicains, auxquelles s’est durement ajouté l’extrême-droite. Ensuite, elles s’inscrivent dans une série d’élections fondues sous le double signe du nationalisme et du populisme. Il y a d’abord eu le Brexit qui mettait un coin dans la construction européenne et permettait aux Américains de voir dans le Royaume-Uni un allié revenant au bercail de l’alliance historique anglo-américaine. Puis quelque moins, l’élection de Donald Trump contre le souhait et toutes les prédictions de la quasi-totalité des médias américaines. Dans ces conditions, comment lire les élections présidentielles 2017 car les schémas habituelles droite-gauche ne sont plus suffisant pour comprendre les phénomènes ? Les Français vont-ils tomber dans le populisme de Marine Le Pen dont les médias ne se risquent pas affirmer qu’elle ne sera pas élue. Chat échaudé craint l’eau froide !

La candidate de l’extrême-droite Marine Le Pen attire l’attention du New York Times (Attack on Champs-Élysées Injects More Uncertainty Into French Vote ; A Guide to the French Vote (and How It Relates to ‘Brexit’ and Trump) en raison des thèmes défendus par le Front National et qui font écho à certains développés avec subtilité par Donald Trump : « Beaucoup de Mexicains qui viennent illégalement aux Etats-Unis sont des violeurs, il faut donc construire un mur et le faire payer par le Mexique ». Autant dire qu’il n’y aura pas de mur que de toute façon les Mexicains n’auraient pas financé.

Of the candidates, Ms. Le Pen has arguably drawn the most attention from journalists, because of her hard-line stance on immigration, her grim warning that a declining France is losing its identity and her party’s record with Jews and Muslims, among other communities.

Le quotidien ne peut évidemment pas faire l’économie s’interroger sur l’effet possible de l’attaque terroriste de jeudi soir sur les Champs-Elysées citant une déclaration de Marine Le Pen qui reprend un thème cher à Donald Trump :

“For 10 years, under the governments of left and right, everything has been done to make us losers,”

La grille de lecture du très sérieux Foreign Affairs (France’s Election Is Trump vs. Merkel vs. Modi vs. Corbyn ; The French are still undecided – and, increasingly, the rest of the world is, too) ne reprend pas le traditionnel clivage droite-gauche mais utilise un positionnement selon deux critères : l’identité nationale (cosmopolitan identity) et la mondialisation de l’économie (Globalized economy). Sur le quadrant politique à 4 cases qui couvre l’ensemble de l’échiquier politique, il positionne les 4 principaux candidats. Plus de place pour d’autres candidats donc. De fait, l’article ne mentionne pas Benoit Hamon, représentant du parti socialiste qui constitue l’armature de la gauche depuis près d’un demi-siècle. D’ailleurs, le candidat du PS qui représente le parti du président qui ne se représente pas – un première dans la 5e république –  et le parti du président en place va peut-être se retrouver au niveau historiquement bas (5 %) de Gaston Deferre et de la SFIO aux élections de 1969.

22 avril 2017 Posted by | France vs Amérique | Laisser un commentaire

Les élections françaises vues des Etats-Unis

Les commentateurs de l’émission Morning Joe sur MSNBC parlent en priorité des candidats de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche, Marine Le Pen (prononcé le Pein) et Jean-Luc Mélenchon et s’appesantissent sur la première en la comparant à son père. Mais plus qu’un séparation droite-gauche, ils font remarquer à juste titre qu’il s’agit plutôt d’une scission entre les pro et les anti européens. Les deux candidats suscités étant ceux qui représentent le mouvement anti-européen et les autres (parmi les 5 « grands ») sont ceux qui soutiennent l’Europe. Les soutiens de Le Pen feront remarquer qu’ils ne sont pas contre l’Europe mais contre cette Europe, contre l’Union européenne, contre Bruxelles, contre l’Euro, contre une quelconque construction pouvant évoluer vers une forme quelconque d’une Europe fédérale.

 

18 avril 2017 Posted by | France vs Amérique | Laisser un commentaire

Taxer plus les riches et les entreprises

Le discours ambiant actuel, celui que dissémine les républicains, Donald Trump le premier, serait qu’il faudrait à tout prix baisser les taxes. C’était d’ailleurs le discours récurrent du Tea Party, dont on n’entend plus beaucoup parler ces derniers temps. Le sujet est d’actualité car, après avoir échoué à faire passer sa nouvelle loi sur l’assurance santé pour « repeal and replace » l’Obamacare, Donald Trump avait indiqué qu’il passerait à autre chose. Cette autre chose était un nouveau système fiscal qualifié de complexe par la candidat Trump mais qu’il pourrait régler lui tout seul.

C’est alors que la Syrie, puis la Corée du Nord s’est invité dans l’agenda du président remettant à plus tard la réforme fiscale. Par ailleurs, le Sénat avait pris ses quartiers de printemps pendant deux semaines de telle sorte que le sujet était passé un peu à la trappe.

Et puis la Tax March organisé le 15 avril dernier par le Tax March Organization (http://taxmarch.org) a remis le sujet sous les feux de l’actualité en organisant des marches dans plus de 180 lieux à travers tout le pays. Cet évènement précédait de trois jours le Tax Day, c’est-à-dire le jour où les Américains doivent déclarer leurs revenus à l’IRS[1]. Avec en sujet connexe, la publication de la déclaration des revenus de Donald Trump et le problème des conflits d’intérêt.

Sur le premier point, Donald Trump, via son porte-parole, remettait la question à plus tard arguant du fait que ses comptes étaient sous audit et qu’il fallait attendre. Sur le second, qui est sans doute lié au premier, l’actualité récente a été relativement calme sans informations nouvelles. Mais le sujet est loin d’être clos et il ressortira un jour ou l’autre. Mais la mise en place d’un nouveau système fiscal pourrait évidemment profiter aux affaires de Donald Trump – qui ne s’en priverait pas – et de sa famille, sa fille Ivanka, son gendre Jared Kushner et les membres de son cabinet qui font partie du club des milliardaires.

Mais contrairement aux idées reçus largement véhiculées, les Américains ne sont pas hostiles à une taxation plus élevée pour les riches et pour les grandes entreprises. A l’inverse, ils pensent que la pression fiscale sur les classes moyennes est trop élevée : 51 % contre 40 % qui pensent le contraire. Il faut remonter à 2001 pour se situer dans une situation pareille. De même, plus de 6 sur 10 considèrent que les grandes entreprises ne payent pas assez d’impôts sur les sociétés. Donald Trump avait indiqué dans son programme qu’il les baisserait pour que les entreprises puissent créer plus d’emplois. Ce qui 1) n’est pas prouvé et 2) n’a pas le soutien de la majorité des Américains et 3) suscitent une interrogation chez les élus qui voudraient être sûrs que cette réforme ne soit pas conçue pour favoriser les intérêts particuliers de la famille Trump mais bien dans l’intérêt général.

 

Robert Reich était ministre du travail de Bill Clinton de 1993 à 1997

[1] L’Internal Revenue Service (IRS) est l’agence du gouvernement fédéral des États-Unis qui collecte l’impôt sur le revenu et des taxes diverses — sur l’emploi, impôt sur les sociétés et successions notamment — et fait respecter les lois fiscales concernant le budget fédéral des États-Unis. L’agence est rattachée au département du Trésor des États-Unis (Source : Wikipedia)

18 avril 2017 Posted by | Général | Laisser un commentaire

Frapper d’abord, réfléchir ensuite (peut-être)

Le 6 avril dernier, en réaction à l’utilisation d’armes chimiques sur les populations civiles, Donald Trump a décidé de lancer 59 missiles Tomahawk sur la base de laquelle était parti les avions syriens. Une décision prise sur le compte de l’impulsivité et sous l’influence de sa fille Ivanka (aux dires de plusieurs médias américains). N’y voir aucun lien avec une quelconque stratégie.

Depuis cette frappe, rien. Aucune explication d’un quelconque plan pour résoudre la crise syrienne. En outre, DJT s’est même lancé sur un autre théâtre d’opération, celui de l’Asie en larguant la plus grande bombe conventionnelle jamais fabriquée et baptisée du nom de la « mère de toute les bombes ». Là encore, un coup unique pour montrer au monde sa détermination. C’est le message qu’a porté Mike Pence en visite en Corée du Sud en déclarant que l’ère de la « patience stratégique » était finie et que « les Etats-Unis ont toujours été à la recherche de la paix via la force ». « Il ne faut pas tester la détermination de Donald Trump » a-t-il averti aux Nord-Coréens et peut-être par procuration aux Chinois.

Quelle serait donc la politique étrangère de DJT qui permettrait de suppléer la « patience stratégique » de son prédécesseur et l’échec qui l’accompagnerait ? Jusqu’ici on ne voit pas trop car sur tous les fronts, Trump a dit tout et son contraire, sur quasiment tous les sujets. Lors de la conférence conjointe avec le roi Abdullah de Jordanie, il s’est présenté comme quelqu’un de très flexible. Ce qu’on savait déjà si l’on en juge par son affiliation partisane changeante. DJT a été républicains, démocrates, indépendants, plusieurs fois. On a pu également s’en apercevoir par ses changements de pied sur tous les sujets majeurs : Chine, Russie, Syrie… Quand un journaliste lui demande lors de la conférence conjointe avec Netanyahu s’il est favorable à un Etat ou deux Etats, il répond de manière désinvolte « la solution qui conviendra le mieux aux deux parties ».

Alors qu’on s’approche du terme des 100 premiers jours (le 29 avril), il faut s’attendre à un tweet du style :

Qui ne fera que prolonger celui déjà publié au terme de ses 90 jours

La politique étrangère de DJT pourrait donc être résumé par le slogan : Frapper d’abord, réfléchir ensuite (éventuellement). Cette logique semble donc être en ligne avec l’opinions des Américains : 58 % approuvent la frappe sur le Syrie en réponse à l’usage des armes chimiques (contre 36 %) selon un sondage réalisé par le Pew Research Center mais 61 % pensent qu’il n’a pas de stratégie pour la Syrie (contre 32 %). La déclinaison républicain / démocrate est très différente : 77 % des républicains approuvent cette frappe contre 45 % des démocrates ; 61 % des républicains pensent qu’il a un plan contre 85 % des démocrates qu’il n’en n’a pas. Un sondage réalisé plus récemment par Yougov, 62 % des Américains pensent que DJT va commencer une guerre contre la Syrie.

Barack Obama avait hérité des deux guerres de George W. Bush et les avaient terminées (peut-être pas dans les meilleures conditions mais quelles étaient ses marges de manœuvre ?). On pourra donc de nouveau avoir un candidat républicain lancer les Etats-Unis à une nouvelle guerre, peut-être deux, et de laisser son successeur s’en débrouiller. Il est vrai qu’avec quatre généraux dans son cabinet, les chances sont encore plus élevées. Sachant que normalement le président doit avoir le soutien du Congrès. Mais Donald Trump s’en soucie-t-il le moins du monde ? Et les républicains du Congrès auront-t-il l’audace de critiquer le président sur ce point très sensible ? Pas sûr.

17 avril 2017 Posted by | Général | Laisser un commentaire

Le bon golf et le mauvais golf

Sur les 80 premiers jours de sa présidence, Donald Trump a joué au golf à 17 reprises. On sait qu’une partie golf dure en moyenne quatre heures. Bon, pourquoi pas. Mais primo, Donald Trump avait tellement critiqué son prédécesseur Barack Obama parce qu’il passait son temps à jouer son temps à jouer au golf. Secundo, il avait promis qu’une fois président, il resterait à la Maison Blanche pour consacrer tout son temps aux Américains. Sans parler du coût des déplacements engagés pour organiser cette activité : plus de 21 millions de dollars pour les 6 week-end à sa résidence d’hiver Mar-a-Lago. Evidemment, par rapport à la dette américaine, c’est peanuts !

D’aucuns feront remarquer qu’il y a le bon golf, celui qui permet à un chef d’état, ici Donald Trump, de nouer des contacts privilégiés avec ses homologues. Cela fait penser au sketch des Inconnus qui expliquent la différence entre le bon chasseur et le mauvais chasseur. A méditer !

Surtout ne pas confondre le bon chasseur et le mauvais chasseur

16 avril 2017 Posted by | Général | Laisser un commentaire

Le mystère de la Corée du Nord

Comment expliquer qu’un petit pays comme la Corée du Nord constitue une telle menace pour le monde ? Comment avec un PIB de 40 milliards de dollars en parité de pouvoir d’achats (28 milliards de dollars en 2013 selon les derniers chiffres du World Factbook de la CIA), un chiffre inférieur à la seule augmentation demandée pour le budget militaire par Donald Trump, ait pu mettre en place un programme nucléaire aussi abouti. Car si la Corée du Nord dépense entre 20 et 25 % de son budget à son budget de défense (les chiffres sont rares et varient considérablement), ce qui représente 6 à 7 milliards de dollars (le budget de défense de la Corée du Sud selon le SIPRI est de 36 milliards) et ne la classe pas dans les 20 premiers pays mondiaux, comment expliquer que ce pays ait pu développer de tels programmes. Cela lui permet néanmoins d’entretenir une armée active de 1,2 million de militaires à laquelle il faut ajouter une réserve de 600 000 personnes. Dont une bonne partie est basé à quelques dizaines de kilomètres de la Corée du Sud. Parallèlement, une partie importante de la population crève littéralement de faim.

Toujours est-il que la situation actuelle est très préoccupante. Et face aux fous dangereux qui se sont succédé (la série des Kim, Kim Sŏng-ju né le 15 avril 1912  – c’est pour ça que la Corée du Nord fête le 105e anniversaire de sa naissance – et au pouvoir à partir de 1972, Kim Jong-il qui lui a succédé en 1994, (mort en 2011), Kim Jong-un (en poste depuis cette date), les présidents américains ont sans cesse repoussé la patate chaude à leurs successeurs, en espérant que la Chine face pression sur son petit voisin ou que les résolutions des Nations-Unies poussent le dictateur à la raison. Mais peut-on faire entendre raison à un dictateur, si en plus il est caractérisé par une forte dose de folie.

Donald Trump, qui n’est pas paralysé par sa connaissance du monde et ses capacités d’analyse comme a pu l’être Barack Obama, a une vision du monde simple où il y a les bons d’un côté et les méchants de l’autre. D’ailleurs, sa vision des Américains n’est-elle pas la même ? Que faire des méchants ? S’en débarrasser par quelconque moyen que l’on peut. Cela fonctionne lors de meeting où l’on peut virer manu militari des opposants un peu trop démonstratifs. C’est sans danger comme disait le dentiste du film Marathon Man. Mais s’il s’agit de traiter le problème de la Corée du Nord et de son fou dangereux, la méthode frontale et directe peut fonctionner mais est loin d’être sans risque. Et dans ce cas, les risques sont élevés car la capacité de nuisance d’une Corée du Nord, désormais dotée de la bombe nucléaire, est loin d’être négligeable.

Le largage de la mère de toutes les bombes (une bombe qui si elle était lancée sur Paris soufflerait la moitié des immeubles de la capitale) sur l’Afghanistan a eu sans doute plusieurs objectifs dont celui de donner le signal que les Etats-Unis avec Trump sont prêts à utiliser la force, en toutes circonstances. Comme une piqûre de rappel de 59 missiles Tomahawk lancés une semaine plus tôt. Ce qui est un virage à 180° de la politique extérieure de Trump qui voulait seulement être président des Etats-Unis et pas gendarme du monde : « America First ».

On attendait un nouveau test nucléaire lors de cette célébration du 105e anniversaire de la dynastie Kim. Il n’a pas lieu ce jour-là, mais il y aura de nombreuses autres occasions. D’autant que Kim Jong-un aime faire des surprises au monde. Ce sera alors le 6e test conduit par le régime. Le premier remonte à octobre 2006 avec une bombe de 1 kilotonne (la bombe d’Hiroshima était de 20 kilotonne). La réaction de George W. Bush avait été relativement faible, il est vrai qu’il était déjà sur deux autres fronts. Mai 2009, deuxième essai estimé à 2 kilotonnes. En septembre 2016, la Corée Du Nord effectue son 5e test estimé à 10 kilotonnes. Les Nations-Unis votent une résolution avec le soutien, pour la première fois, de la Chine. Un changement majeur pour cette dernière qui a toujours soutenu la Corée du Nord. La Chine accepte officiellement aussi d’arrêter les importations de charbon, une ressource importante pour la Corée du Nord. Les a-t-elle arrêtées ?

Ce sixième essai combiné à la capacité de lancer un missile balistique intercontinental donnerait la possibilité à la Corée du Nord de toucher le sol américain, d’où la réaction rapide du chef de l’exécutif américain (Ce qui ne l’a pas empêché de partir en week-end de Pâques en Floride pour aller jouer au golf. Au passage, chaque voyage coûte au contribuable américain entre 1 et 3 millions de dollars). Mais le danger est évidemment bien plus grand pour la Corée du Sud et le Japon.

Parmi les problèmes posés par cette crise, l’administration de l’équipe actuelle n’est pas encore en place et de nombreux cadres manquent encore aux ministères de la défense et des affaires étrangères pour donner de la substance aux analyses et fournir toutes les informations nécessaires à la prise de décision. L’ambassadeur des Etats-Unis en Corée du Sud n’est toujours pas en place. Bref, aborder cette crise comme un cow-boy prêt à dégainer n’est peut-être pas la meilleure des solutions. D’autant que Donald Trump donne l’impression de vouloir rallumer tous les brasiers en même temps : la Syrie et le Moyen-Orient, l’Afghanistan, la Corée du Nord…

15 avril 2017 Posted by | Général | Laisser un commentaire

Quelle politique étrangère pour les Etats-Unis ?

Dans sa vision simpliste du monde où il y a d’un côté les bons et de l’autre les méchants, le candidat Donald Trump avait su capter « la frustration de bon nombre d’Américains » commente le Représentant républicain du Michigan sur CNN. Cette vision, le président l’avait résumée par le slogan « America First. Every decision on trade, on taxes, on immigration, on foreign affairs, will be made to benefit American workers and American families ». Mais de même qu’un titre ne suffit pas à faire un livre, un slogan ne tient pas lieu de politique étrangère.

Dans sa conférence de presse conjointe avec le roi Abdullah de Jordanie, il avait bien expliqué qu’il était quelqu’un de flexible et donc pouvait s’adapter à toutes les situations et ainsi être en capacité de négocier le « meilleur deal », sa soi-disant marque de fabrique (The art of the deal). De fait, en matière politique, il a été selon les périodes, républicain, démocrate et républicain. En appliquant les lois de la physique quantique, il a peut-être même porté deux de ces trois attributs en même temps et pourquoi pas les trois. Car en fait, le parti de Trump, c’est celui de l’argent et de ses propres intérêts. Si l’on en n’est pas convaincu, il faut lire de toute urgence le livre de Donald Cay Jonhston The Making of Donald Trump.

Les évènements de la dernière semaine ont montré que les déclarations faites par le candidat Trump sur la Syrie, la Russie, la Chine et l’OTAN ont volé en éclat avec un virage à 180°. En une semaine, la stratégie « American First » a été transformée en « America in first line ».

La Syrie

Pendant qu’il recevait le président chinois Xi Jinping dans son club privé Mar-a-Lago de Floride, Donald Trump a décidé de lancer une attaque de 59e missiles Tomahawk sur une base militaire de l’état Syrien. Outre le fait qu’il se soit toujours opposé à une quelconque intervention en Syrie, cette attaque marquait un changement de pied important puisque jusqu’ici, ISIS était le problème. C’est l’attaque au gaz sur des populations civiles décidée par Bachard-al-Assad et ses quelques 80 morts qui a été l’élément déclenchant. Mais en 2013, suite à une attaque de bien plus grande dimension (plus de 1400 morts – évidemment le calcul macabre du nombre de morts n’est pas le seul élément à prendre en compte), Donald Trump avait dégainé son arme à tweets pour lancer plusieurs injonctions à Barack Obama de ne surtout pas intervenir.

Comble de l’histoire, il semblerait, selon plusieurs médias américains, que c’est la fille du président Ivanka qui aurait réagi à cette offensive syrienne et ainsi poussé la décision du président. Toutes choses à voir avec une quelconque politique étrangère est purement fortuite.

Peu après après l’attaque, Eric, l’un des deux fils de Donald Trump a déclaré en substance que cette attaque démontrait bien qu’il n’y avait aucune collusion entre le gouvernement Russe et le candidat Trump. Déclaration plutôt malheureuse car si l’on renverse le lien de causalité, on aboutit à une énormité. Dans sa manie de faire diversion, l’hypothèse n’est pas absurde. En tous cas, elle a été retenue par Lawrence O’Donnell sur la chaîne MSNBC.

La Russie

Jusqu’ici le discours de Donald Trump sur la Russie et Vladimir Poutine n’était que louanges, encouragements (de voler les emails d’Hillary Clinton notamment). Ceux qui pensaient que la Russie était le grand ennemi n’avaient rien compris. Et tout d’un coup, la Russie et son leader sont passés du côté obscur de la force. Et Donald Trump d’envoyer son Secretary of State faire le service après-vente. « There is a low level of trust between our countries » a déclaré ce dernier lors de la conférence de presse conjointe avec son homologue Sergey Lavrov, confirmant les mots de Donald Trump selon lesquels « The relations that the United States with Moscow were at an all-time low ». Pas du tout ce qu’il avait récité pendant des mois.

Avant d’aller à Moscou, Rex Tillerson avait eu une déclaration plutôt malheureuse à la réunion du G7 en Italie qui ne le plaçait pas dans les meilleures conditions de discussion : « Why U.S. Taxpayers Should Care About Ukraine ». Difficile ensuite de faire croire que c’est là un sujet majeur de discussion.

Dans sa tweetoplatie, Donald Trump a émis aujourd’hui un message pour tenter de calmer la chose. Mais un tweet peut-il tenir lieu de diplomatie ?

La Chine

Donald Trump lui-même a déclaré que les choses n’étaient pas si simples après que le président chinois lui a fait un petit exposé sur les relations sino-coréenne (N’avait-il pas fait la même déclaration sur l’Obamacare en expliquant que la question de l’assurance-maladie est incroyablement complexe). Après les vociférations tout le long de la campagne contre la Chine, le président Trump a reçu le président chinois sous les ors de Mar-a-Lago là alors qu’il avait conseillé à Obama de l’inviter à manger un hamburger dans un McDonald. En une après-midi, Donald avait scellé une amitié solide : « Tremendous goodwill and friendship was formed ». Mais toujours dans son obsession de négocier des deals, il proposait au président chinois dans un premier tweet de sacrifier quelques emplois d’ouvriers américains en échange d’une action sur la Corée du Nord. Pour ensuite en publier un second menaçant que ce serait mieux avec mais que sinon ce serait sans.

Ses conseillers l’ont-ils poussé à jouer l’apaisement comme avec la Russie se traduisant par un nouveau tweet sirupeux :

L’OTAN

Là encore, le revirement est total. Jusqu’ici l’OTAN ne servait plus à grand-chose et les pays membres devaient payer leur quote-part sinon les Etats-Unis prendraient leurs distances. Et tout à coup, l’organisation prend tout son sens. Mais cela grâce à lui depuis qu’il est arrivé en poste. Après la réunion avec le secrétaire général Stoltenberg, Donald Trump s’est donc rallié à la position traditionnelle des Etats-Unis. « I said it was obsolete ; it’s no longer obsolete » n’a-t-il pas hésité à déclarer aux côtés du secrétaire géneral. Il est vrai qu’à lui seul, il pouvait régler tous les problèmes des Etats-Unis, alors l’OTAN : a piece of cake !

13 avril 2017 Posted by | Général | Laisser un commentaire